Un père sous le feu des critiques : « Oui, j'ai un fils préféré » Vous sentez-vous concerné?

Buzz Bishop et son fils, ZacharieAdmettons-le : la journée est plus agréable avec un enfant de cinq ans plein de vie qu'avec un petit de deux ans qui enchaîne les caprices. La plupart des parents s'empressent de déclarer qu'ils ne font aucune différence entre leurs enfants. Pourtant, en privé, ils sont prompts à admettre qu'ils en aiment parfois l'un plus que l'autre. Un père s'est retrouvé sous le feu des critiques après avoir déclaré publiquement sa préférence pour son fils aîné. Un véritable pavé dans la mare qui a donné lieu à un vif débat sur nos sentiments parentaux et sur ce qu'il est permis d'avouer ou non publiquement.

« Pour être tout à fait honnête, je préfère mon fils aîné au cadet, écrit Buzz Bishop sur Babble.com, où son blogue DadCamp est hébergé. Nous partageons le même goût pour l'aventure et je n'imagine pas ma vie sans lui. Il est le fruit d'un accident qui était voué à se produire, et je suis incroyablement heureux qu'il soit là. »

À la lecture de ce billet, les raisons de sourciller ne manquent pas : l'homme explique également que sa petite amie est tombée enceinte deux mois après leur rencontre, alors qu'il était encore marié à sa première femme. Il se contentait alors d'un rôle secondaire de beau-père et ne pensait jamais avoir un jour ses « propres » enfants. C'est cependant le second paragraphe à propos de Zacharie, cinq ans, et Charlie, deux ans, qui a déclenché l'ire des parents.


« Pour certains, le terme préféré est très lourd de sens. C'est sans doute ce qui a provoqué leur indignation, explique M. Bishop dans une entrevue avec Yahoo! Shine. Je ne traite pas mes enfants différemment. Le seul reproche qu'on pourrait me faire serait de tendre la main en premier à mon aîné lors des sorties en famille. »

Dans un billet de réponse sur Babble.com, l'homme fait preuve d'une honnêteté encore plus désarmante : « Oui, j'ai un fils préféré et je n'ai pas honte de le dire. Ceux qui me critiquent feraient bien de se regarder longuement dans le miroir et d'admettre qu'ils sont dans la même situation. »

Sa femme, Jennifer, déclare comprendre ses propos.

« Je vois tout à fait ce qu'il veut dire et je sais qu'il les aime autant tous les deux, explique-t-elle au Daily Mail. Je pense que c'est une question d'âge : il préfère l'aîné car ils peuvent faire plus de choses ensemble. Cela ne veut pas dire que Zacharie est son favori dans l'absolu, c'est simplement son préféré maintenant. »

M. Bishop est entièrement d'accord.

« Le fait que Zacharie soit mon préféré ne signifie absolument pas qu'il y ait deux poids deux mesures, écrit-il sur Babble. Je ne lui accorde aucun traitement de faveur sous prétexte que c'est mon chouchou. Simplement… le courant passe mieux. J'ai aimé mes enfants dès la minute où ils sont nés, mais ma relation avec eux s'est vraiment développée à partir du moment où ils ont commencé à gagner de l'autonomie.»

C'est arrivé lorsque Zacharie avait environ 26 mois - l'âge actuel du petit Charlie.

« J'ai de la difficulté à me sentir proche des bébés. Quand Charlie faisait sa sieste, j'en profitais pour sortir avec Zacharie, déclare-t-il à Yahoo! Shine. J'ai passé beaucoup de temps à créer une relation avec mon fils aîné et j'ai tendance à le choisir en premier pour les activités. »

« Comme l'a fait remarquer très justement un commentateur, je pense que j'ai un âge préféré plutôt qu'un enfant préféré, poursuit-il. J'ai hâte que Charlie grandisse et que nous puissions faire tout un tas de choses ensemble, comme avec Zacharie. »

M. Bishop, animateur de radio, vit avec sa femme et ses enfants à Calgary, en Alberta. Il est parfaitement conscient que les publications sur Internet ne s'effacent jamais, mais il insiste sur le fait que si la polémique engendrée par son blogue parvient un jour aux oreilles de ses enfants, elle n'affectera pas sa relation avec eux ou les relations entre ses deux fils. S'ils posent des questions, M. Bishop expliquera simplement qu'il se sent plus à l'aise avec les enfants qu'avec les bébés. Malgré tout, après trois ans dans le rôle de beau-père, il maintient que la naissance de son premier fils demeure un événement particulier.

« Zacharie occupera toujours une place à part. C'est mon premier enfant. Je croyais que je n'en aurais jamais, jusqu'à ce que ma femme tombe enceinte peu après notre rencontre, explique-t-il. Il nous a choisis et je remercie le ciel que ma vie ait pris cette tournure. Pour moi, ce sera toujours exceptionnel. Ceci dit, quand il traversera les affres de l'adolescence et que Charlie sera un pré-ado plein de vie, mon soi-disant favoritisme risque fortement de fluctuer. »

Beaucoup de parents aiment l'un de leurs enfants plus que l'autre, souligne David A. Reinstein, psychothérapeute et travailleur social clinique. « Le favoritisme est une réalité omniprésente, sous une forme ou une autre, affirme-t-il. Personne n'aime l'entendre, mais ce constat s'appuie sur de nombreuses années d'expérience auprès de milliers de familles. Les effets sont parfois destructeurs, mais souvent c'est une simple réalité qui n'affecte pas la vie des enfants. »

Il est en revanche très rare que les parents admettent publiquement une préférence pour l'un de leurs enfants, selon M. Reinstein et d'autres experts. L'indignation provoquée par le billet de blogue de M. Bishop semble confirmer cette observation. Les lecteurs ont été davantage choqués par la nature publique de l'annonce que par la révélation proprement dite.

« Vous êtes un imbécile égocentrique. Vous vous laissez aller au nom d'une prétendue honnêteté au lieu d'assumer votre véritable responsabilité : protéger vos enfants à tout prix, écrit Jen Johnson Long de Fox River Grove, Illinois, sur Facebook. Vos commentaires idiots endommagent vos enfants psychologiquement. »

« Je voulais simplement vous témoigner ma solidarité concernant votre commentaire sur votre préférence pour l'un de vos fils, écrit Debby Basciano de Montréal sur Facebook. Au départ, j'ai été outrée que quelqu'un ose mettre ce sentiment par écrit, mais je comprends ce que vous exprimez. »

« Je suis très attristé pour votre fils cadet, qui lira probablement cet article quand il sera plus grand. Vous lui ferez très mal, écrit Kim Slater. Imaginez un instant que vos parents fassent la même chose. »

(M. Bishop, l'aîné de trois enfants, répond à Yahoo! Shine : « Mes parents n'ont jamais désigné de favori. En même temps, les blogues n'existaient pas. »)

Bien qu'il ne regrette pas ses propos, M. Bishop (dont les autres articles sur Babble prêtent bien moins à la controverse) déclare que l'indignation suscitée par son billet lui a fait prendre conscience du rapport qu'il entretient avec ses enfants.

« Je dois passer plus de temps avec mon plus jeune fils et apprendre à mieux le connaître, déclare-t-il. Au cours des derniers jours, j'ai dû beaucoup parler de moi et expliquer ma situation en long et en large. J'ai pris profondément conscience de la façon dont je traite mes fils. Je veille maintenant à ne montrer aucun signe de préférence et je m'efforce de rééquilibrer les choses. »

« Je suis content que tout ce bruit ait au moins servi à quelque chose », conclut-il.

Qu'en pensez-vous? Est-il juste pour vos enfants d'admettre que vous avez une préférence pour l'un d'entre eux?