Se comparer, c'est mal

(Getty Images)Se comparer, c’est la première étape vers l’abandon.

Je prenais une bière dans un petit bar en fin de semaine quand j’ai aperçu cette femme à la beauté modeste aller accoster un homme baraqué au bar. Même pour mes yeux de gars hétéro, le gars était impressionnant. Un genre de mix entre un nageur olympique et un bucheron allumé.


C’est rare que je remarque une femme prendre les devants aussi clairement, mais c’est encore plus rare que j’en remarque une aussi ambitieuse. En comparant les deux hypothétiques tourtereaux, j’anticipais un rejet imminent.

Au contraire, ce fut un gros succès. Dans le bar, en tout cas. Je n’ai pas poursuivi mon rôle d’espion plus loin que leurs quelques verres échangés à leur table. (Ç’aurait créé un malaise à trois dans le taxi.)


Je suis toujours fasciné en remarquant à quel point la fortune fait des clins d’œil coquins aux audacieux. Ou aux inconscients. Ces gens qui, en apparence, ne se posent jamais de questions (ou n’écoutent pas les réponses).

Trop souvent, dans la vie, on se compare. Avant de s’inscrire à un programme hypercontingenté, avant de postuler pour un emploi avec un plein corridor de candidats, avant d’essayer cette fameuse personne au bar qui irradie.


On analyse les probabilités, on regarde la compétition. Ça peut permettre d’éviter des humiliations spectaculaires.

Sur quelques dizaines de compétiteurs, on finit toujours par en trouver quelques-uns qui semblent avoir l’avantage. Quelqu’un avec une meilleure fiche, qui a l’air mieux. Quelqu’un de plus riche, de mieux habillé, avec les dents mieux enlignées, qui passe plus de temps au gym ou au salon de bronzage. Et du coup, ça nous freine.


C’est pour ça que se comparer, c’est la pire chose à faire. Se comparer, c’est se chercher des excuses pour rester assis et regarder sa vie passer. C’est un poison que tu te plantes toi-même dans les veines. Le grand sage Wayne Gretzky l’a déjà dit : « 100 % des lancers que tu ne prends pas ne marquent pas de buts. »

Et si le bon vieux Wayne le dit…


En plus, quand on commence à se comparer aux autres, on le fait à partir de nos yeux à nous. Et nos yeux, ils sont meilleurs pour analyser la compétition que pour l’autoévaluation. C’est une question d’angle, j’imagine.

J’ai longtemps cru que les gens qui étaient fonceurs, c’était par arrogance. Ils se pensent meilleurs que tout le monde donc ils foncent sans complexe. Au contraire, tenter sa chance, c’est de la grosse modestie: « Qui suis-je pour déterminer si je suis ou pas le meilleur candidat? »

Il vaut mieux essayer et laisser l’autre décider. Après tout, si l’on ne se pas donne une petite chance, qui va le faire? Bien souvent, ce n’est même pas une question d’être le ou la meilleure sur papier. C’est juste d’être là au bon moment, ou d’être compatible.

Avec le temps, on réalise qu’il y a un paquet de cibles qui donnent la chance au coureur. Et des belles cibles qui donnent la chance au coureur, ça donne le goût de courir.