Pour que la crise se passe en douceur

L’adolescence est une période de quête d’identité parfois difficile au cours de laquelle le soutien de ses parents est essentiel pour un jeune. Martin St-André, pédopsychiatre au CHU Sainte-Justine, nous explique comment aider notre ado à vivre cette transition délicate.

(Getty Images)Certains disent que la fin de l’enfance, c’est un peu le début des problèmes... Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit d’une période agitée pendant laquelle l’adolescent fait face à de nombreux changements physiques, psychiques et sociaux. «C’est une phase obligatoire durant laquelle l’enfant subit des transformations de même qu’un remaniement important de son identité», explique le docteur Martin St-André, pédopsychiatre et président du comité scientifique du dernier congrès de l’ISAPP (International Society for Adolescent Psychiatry and Psychology). Pendant cette période, l’adolescent cherche à obtenir plus d’autonomie, à se libérer de l’emprise familiale pour grandir, ce qui est généralement source de conflits.

4 CLÉS POUR BIEN RÉAGIR:

Vigilant... mais serein

Pour aider l’enfant à vivre cette période critique — mais pas pathologique — il n’existe pas de recette magique. «Chaque ado, chaque famille a ses propres caractéristiques», explique le Dr St-Martin. Il faut cependant avoir certains bons réflexes. «Ne paniquez pas si vous êtes en désaccord avec votre jeune; c’est tout à fait normal. Le fait de s’opposer et de tester les limites permet à l’adolescent de déterminer ce qu’il est en train de devenir. Les parents ne doivent cependant pas hésiter à rappeler les règles.» S’il ne faut pas dramatiser le fait que surviennent quelques désaccords, il faut néanmoins toujours rester attentif. «Certains signes nécessitent une attention particulière», explique le Dr St-Martin. Par exemple, il faut être vigilant si l’anxiété que ressent un adolescent devient paralysante, s’il éprouve une tristesse très prolongée ou s’il commet des actes excessifs répétés. Les parents doivent alors réagir, dialoguer avec le jeune, ou même faire appel à un tiers si besoin est.

Mon ado est-il heureux?

D’après un sondage réalisé pour le congrès de l’ISAPP, les trois quarts des 920 adolescents interrogés affirment avoir une adolescence heureuse. Il arrive bien sûr qu’il y ait certains remous, mais ces derniers sont aisément surmontés si l’environnement dans lequel l’adolescent vit l’aide.

Pour en savoir plus

La souffrance des adolescents. Quand les troubles s’aggravent:signaux d’alertes et prise en charge, de Phillipe Jeammet et Denis Bochereau, Éditions La Découverte

QUE PUIS-JE FAIRE...

... S’IL FRÉQUENTE DES AMIS QUI ONT UNE MAUVAISE INFLUENCE SUR LUI?
C’est parmi son entourage que l’adolescent trouve certains repères et façonne son identité et sa vie affective. Il est important pour les parents de prendre position làdessus. Avant tout, il faut privilégier le dialogue: une position trop stricte risque d’accroître le désir du jeune de repousser cette limite. Si on sent
que certaines de ses relations sont néfastes, il ne faut pas se gêner pour lui exprimer notre inquiétude.

... S’IL CONSOMME DU TABAC, DE L’ALCOOL ET DES DROGUES?
Il est toujours préférable d’avoir renseigné l’enfant sur ces produits au fur et à mesure de son développement. Si tel n’a pas été le cas, on lui exprime nos craintes, et on établit le dialogue. C’est d’autant plus important que la consommation de drogues ou d’alcool peut déclencher l’apparition de problèmes psychologiques.

... FACE À L’AGRESSIVITÉ QUE LES CHANGEMENTS LIÉS À L’ADOLESCENCE PEUVENT SUSCITER?
L’agressivité, c’est un symptôme, un signal d’alerte. Cela peut traduire une situation familiale difficile, mais aussi d’autres types de problèmes. Si les comportements agressifs se répètent, il faut savoir qu’il s’agit d’un appel à l’aide. On doit alors travailler avec le réseau scolaire et le réseau des services de première ligne (médecin de famille, infirmière scolaire) afin d’être orienté vers le bon spécialiste.

... LORSQUE JE ME SENS COMPLÈTEMENT DÉPASSÉE?
Il ne faut pas culpabiliser si on va chercher de l’aide. C’est toujours difficile pour les parents d’être sans cesse mis au pied du mur. Mais être capable de se faire épauler pour aider son enfant, c’est un signe de force.

... S’IL S’HABILLE DE MANIÈRE PROVOCANTE?
Les parents ne doivent pas s’empêcher d’avoir une position ferme sous prétexte de garder à tout prix le lien de confiance qu’ils ont tissé avec l’ado. S’ils sont mal à l’aise, ils doivent faire connaître leurs limites et les faire respecter. Cela peut même être quelque chose de structurant pour l’adolescent.

... S’IL VEUT AMENER SON AMI(E) DE COEUR DORMIR À LA MAISON?
Les parents peuvent difficilement intervenir en vue de modifier les sentiments de leur enfant, mais ils doivent le faire en ce qui concerne son comportement et mettre un frein à des conduites qui leur paraissent inacceptables, quitte à rompre le lien de confiance pour mieux le rétablir plus tard.

... S’IL NE COMMUNIQUE PLUS?
Si l’ado se retire, c’est peut-être qu’il a besoin de se retrouver seul dans l’univers qu’il se construit. Mais cela peut aussi révéler un problème de communication dans la famille ou des soucis dont l’adolescent ne veut pas parler. Dans tous les cas, on devrait demander l’avis d’une personne extérieure à la situation.