Manger de tout: ça s’apprend!

Apprendre à son enfant à manger est un défi de taille. Pour y parvenir, il faut une bonne dose de patience, de persévérance... et de créativité!

(Getty Images)La plupart des enfants n’ont pas le désir inné de manger des carottes et du brocoli. Leur préférence, c’est bien connu, va naturellement aux aliments salés et sucrés. L’appréciation des goûts amers et acides découle d’un apprentissage parfois long, qui débute très tôt dans la vie. «Il est naturel qu’un enfant rejette d’abord un aliment méconnu, puis qu’il apprenne à l’apprécier à son rythme, explique la nutritionniste Stéphanie Côté, auteure du livre Un enfant sain dans un corps sain. On appelle ce phénomène la néophobie. C’est un réflexe de protection.»

Pour aider notre petit à apprivoiser de nouvelles saveurs pour qu’il puisse, un jour, à les apprécier, on doit d’abord lui donner l’exemple; cela commence beaucoup plus tôt que nous pourrions l’imaginer. In utero, le fœtus se nourrit de ce que sa mère consomme. Si elle mange de tout, elle expose déjà son bébé à une variété de saveurs. Des études montrent aussi que l’allaitement peut faciliter l’acceptation de nouveaux aliments, puisque le goût du lait maternel varie selon la nourriture consommée par la mère

LES PREMIÈRES PURÉES


Il est bon de commencer à exposer l’enfant à une variété de produits et de textures lorsqu’il commence à ingérer des aliments solides, vers l’âge de six mois. «Il s’agit d'une phase d’expérimentation, rappelle Mme Côté. Ce n’est surtout pas le moment de forcer la cuillère dans sa bouche.» S’il grimace et refuse la deuxième bouchée, il vaut mieux respecter son choix et faire une autre tentative au prochain repas, jusqu’à ce qu'il s’habitue au nouveau goût.

Entre-temps, il est bon de continuer à lui offrir des aliments qu’il aime. Les différentes techniques employées par nos grands-mères pour encourager notre petit à manger davantage («une bouchée pour maman, une bouchée pour papa, etc.») ne seraient pas idéales. «Elles l’encouragent à manger pour faire plaisir aux autres», fait valoir Mme Côté. Or, un enfant sait mieux que nous reconnaître les signes de la faim et de la satiété. «Jamais il ne se laisserait mourir de faim», assure-t-elle.

LES ALIMENTS SOLIDES


Le même principe s’applique lorsque notre petit est en âge de manger des aliments solides. «Servez-lui des choses qu’il aime tout en intégrant à chaque fois un nouvel aliment», suggère Mme Côté. Parfois, il faut répéter l’opération une dizaine de fois avant qu’il se décide à goûter quelque chose de nouveau, et encore plus souvent pour qu’il en apprécie le goût. Un petit truc: on doit lui permettre de recracher dans une serviette les aliments qui ne lui plaisent vraiment pas; ainsi, il peut expérimenter sans risque.

APPRÊTER LES ALIMENTS DIFFÉREMMENT

Pour inciter notre enfant à manger davantage de fruits et de légumes, ainsi que d’autres aliments sains, il faut parfois faire preuve d’imagination et modifier notre façon de les apprêter ou de les présenter. Voici huit suggestions:

1| Peler et couper les fruits en quartiers;

2| Tailler les crudités à l’aide d’un couteau ondulé et leur donner des formes géométriques ou des formes de fleurs;

3| Incorporer des légumes aux potages, aux soupes et aux sauces accompagnant les pâtes;

4| Au lieu de lui servir une montagne de carottes, lui présenter une petite quantité de légumes différents;

5| Ajouter des épices, un peu de citron ou du sirop d'érable aux choux de Bruxelles pour en adoucir la saveur;

6| Remplacer les trempettes à la mayonnaise par des trempettes au yogourt;

7| Varier les couleurs dans l’assiette;

8| Transformer une pizza maison en bonhomme sourire.



Changer sa perception de la nourriture

Pour transformer la vision négative qu’un enfant a de la nourriture, on peut:

_ lui expliquer le rôle des aliments dans la préservation d’une bonne santé;
_ stimuler sa curiosité en lui faisant faire des recherches sur un aliment ou en lui proposant de trouver lui-même une façon de l’apprêter;
_ jouer avec les aliments, en faisant des dégustations en aveugle, par exemple;
_ l’impliquer dans la préparation des repas;
_ faire pousser des légumes dans notre jardin ou participer à un jardin communautaire;
_ entretenir un climat de plaisir et de détente au moment des repas;
_ l’initier à la culture culinaire de différents pays.

Les erreurs à ne pas commettre

_ Menacer notre enfant de le priver de dessert s’il ne mange pas ses légumes: on transforme ainsi le dessert en récompense, et les légumes, en punition.
_ Le priver complètement de sucreries, de croustilles, de fast-food et d’autres aliments jugés néfastes pour la santé. L’interdit ne fait qu’attiser le désir, et il faut déroger de nos principes à l’occasion.
_ La pire chose à faire devant un enfant difficile est de ne lui offrir que les aliments qu’il aime ou de lui cuisiner un autre plat que celui qu’on avait préparé. Cela ne fait qu’encourager son comportement.

POUR EN SAVOIR PLUS:

Un enfant sain dans un corps sain, Stéphanie Côté, éditions de L'Homme
Le festin enchanté de cru-cru: www.msss.gouv.qc.ca/nutrition/cru-cru