Les surprotéger pourrait leur nuire

Se soucier du bien-être de son enfant est légitime. Mais doit-on chercher à lui éviter les problèmes à tout prix? À trop vouloir le protéger, on peut nuire à son épanouissement.

(Getty Images)«Pauvre trésor, c’est trop difficile... Tiens, voici ta poupée.» Devant un enfant qui a du mal à atteindre son jouet ou à défaire l’emballage de son cadeau, quel est habituellement le premier réflexe d’un adulte? L’aider en lui montrant comment faire ou en lui évitant un effort considéré comme inutile. Résultat: il n’a pas la chance d’éprouver le plaisir de réussir grâce à son effort. Sans en être tout à fait conscients, plusieurs parents exigent que leur enfant règle les situations selon leur point de vue d’adulte et ils interviennent constamment pour s’assurer qu’il agit comme ils le veulent. Mais ce faisant, ils briment ses élans naturels et l’empêchent de prendre des initiatives et de trouver lui-même des solutions.

Un enfant qu’on surprotège risque de...

... demeurer dépendant de ses parents: il finit par croire que, sans eux, il ne peut pas se débrouiller. Pour expérimenter, il doit de temps à autre se soustraire à leur regard. S’il sent que ses moindres faits et gestes sont surveillés, cela lui est impossible.
... réagir de façon agressive s’il constate que d’autres enfants peuvent suivre leurs initiatives sans contrainte.
... perdre confiance en lui. «Au lieu de s’escrimer à lui éviter les épreuves et à combler ses manques, mieux vaut l’éduquer pour le rendre fort et lui permettre de surmonter les difficultés qu’il rencontre», insiste Edwige Antier, pédiatre spécialisée en psychopathologie de l’enfant et auteure de J’aide mon enfant à s’épanouir. Si on respecte la capacité qu’a l’enfant de franchir les obstacles, il pourra acquérir cette force.
... renoncer à se tourner vers l’extérieur. Certaines mères sont si protectrices qu’elles interdisent à leur enfant de sortir de la relation fusionnelle qu’il a avec elles. Ainsi, elles empêchent leur petit d’aller chercher ce qu’elles ne peuvent lui apporter auprès d’autres personnes.
... devenir un adulte peu sûr de lui et anxieux qui éprouve de la difficulté à prendre des décisions.

LES RESSOURCES DE L’ENFANT

«L’enfant a le réflexe naturel de satisfaire ses besoins. Tout petit, il recherche les contacts et affronte les difficultés. Le bébé n’hésite pas à crier lorsqu’il a besoin d’aide, ni à pleurer lorsqu’il est fâché ou qu’il a du chagrin. Craindre, hésiter ou abandonner devant une difficulté n’est pas dans sa nature. Cependant, il comprend petit à petit qu’il existe des limites et des risques, et que des gens s’opposent à ses désirs. Il perçoit les dangers et n’aborde plus la vie de façon aussi directe. C’est lorsqu’il comprend
qu’une autre personne peut faire les choses à sa place, l’empêcher de les faire ou profiter de certains avantages avant lui ou à sa place qu’il découvre des ruses et des façons bien à lui d’éviter les échecs et les déceptions, et d’atteindre ses objectifs», explique Diane Daniel, consultante en éducation et auteure du livre Enfant automate ou enfant autonome?, publié aux Éditions de l’Homme. En limitant les occasions qu’a l’enfant de prendre des décisions ou des risques normaux, les parents étouffent sa vitalité.

GUIDER SES PREMIERS PAS VERS L’AUTONOMIE

La confiance en soi s’accroît à mesure que l’enfant devient indépendant, c’est-à-dire apte à accomplir certaines tâches et à prendre des décisions. Pour l’aider à devenir autonome, il faut...

... LUI FAIRE CONFIANCE.

Si l’enfant perçoit que ses parents croient en lui et en ses capacités, il acquerra de l’autonomie plus facilement.
... LUI CONFIER DES TÂCHES PRÉCISES, SELON SES CAPACITÉS.
Dès le moment où un enfant manifeste le désir de faire une chose seul (aller chercher sa couche, son pyjama, etc.), on peut l’encourager.
... L’ENCOURAGER.
Féliciter régulièrement l’enfant pour qu’il sente qu’on est fiers de lui. Cela requiert de la constance et de la patience; il faut non seulement respecter son rythme, mais accepter un résultat qui peut sembler imparfait.
... LE RENDRE RESPONSABLE DES TÂCHES QU’ON LUI CONFIE.
Pour qu’il puisse se préparer à affronter l’école et les autres étapes de la vie, l’enfant doit développer son sens des responsabilités. On lui explique donc qu’il doit accomplir des tâches, que personne ne les fera à sa place et que sa participation contribue au bon fonctionnement de la maisonnée. Au lieu de les lui rappeler chaque jour, on opte pour des conséquences logiques et appropriées lorsqu’il omet de les faire.
... LE PRÉPARER PROGRESSIVEMENT.
L’enfant n’acquiert pas son autonomie du jour au lendemain; il faut tenir compte de son âge et de ses capacités. De plus, un bambin a souvent de bonnes leçons à tirer de ses petits échecs. S’il n’a pas l’occasion d’agir, il ne pourra pas profiter de ses expériences.