Les ados, à corps perdu?

Que notre rapport au sexe évolue d’une génération à l’autre, c’est normal. Mais que faire devant des adolescents, bombardés de messages sur la norme et la performance, qui ont perdu leurs repères au moment où leur vie sexuelle commence? La sexologue Francine Duquet nous donne quelques clés pour les aider à s’accepter.

Parler sexualité avec ses enfants. (Getty Images)Période des premiers amours, l’adolescence conjugue la découverte de son corps à celle du corps de l’autre. Toutefois, on vit dans une société où les enfants sont surinformés; en savent-il déjà trop? «L’âge moyen de la première relation sexuelle, qui se situe à 15 ans environ, n’a presque pas changé, explique Francine Duquet, sexologue et professeure à l’UQAM. Certaines conduites sont toutefois apparues au cours des cinq dernières années, comme le clavardage à caractère sexuel ou la banalisation de certaines pratiques. Les adolescents sont surexposés à la pression des médias, et cela contribue à façonner la manière dont ils voient la sexualité. Ils manquent de repères, et parfois de limites. Ainsi, on prend souvent les enfants pour des ados, et les ados pour des adultes. S’il ne faut pas que les parents paniquent, ils doivent toutefois veiller à ce que leur enfant ne soit pas incité à avoir une vie sexuelle inappropriée pour son âge. Cela concerne aussi l’entourage car, comme le dit un proverbe africain: «Il faut tout un village pour élever un enfant.»

Problème ou pas?

Je dis aux jeunes que 14 ou 15 ans sont des âges précoces pour avoir des relations sexuelles. Cela n’en fait pas pour autant de mauvais garçons ou de mauvaises filles, mais on soupçonne qu’ils n’ont pas suffisamment de maturité pour vivre leur sexualité. Avant cela, il y a tout un monde d’apprentissage et de découvertes.

Quand et comment leur parler de sexualité?

Les parents sont les mieux placés pour savoir quand le faire et pour juger de la sensibilité de leur enfant. Ils doivent réaliser que leur façon de se comporter au quotidien contribue déjà à son éducation sexuelle. Aborder la sexualité ne se résume pas seulement à parler d’organes génitaux et de relations sexuelles. Le travail est loin d’être accompli après qu’on a évoqué la prévention, les infections transmises sexuellement et la contraception. Il faut aussi parler d’amour et de respect d’autrui.

• Soyez authentique.
• Si vous êtes embarrassée, dites-le.
• Faites preuve d’humour.
• Vous pouvez profiter de la présence des amis de votre enfant pour aborder les grandes lignes.
• N’attendez pas, vous pouvez parler n’importe quand: profitez des petits moments qui se présentent à la suite d’une émission de télé, au retour d’une sortie ou dans la voiture.

Où trouver de l’aide?

Il y a des lignes d’écoute pour les parents et des ressources dans le milieu scolaire. Il ne faut pas hésiter à aller chercher des réponses, voire de l’aide. C’est légitime et courageux.

Que faire:

_POUR L’AIDER À S’ACCEPTER

Cela ne se fait pas en une seule discussion. Expliquez-lui que son corps est en phase de transition. Il ne doit pas en avoir honte. Dites-lui que 85 % des photos de mannequins sont retouchées. Soyez critique sur ce qu’il voit, notamment dans les médias, pour l’aider à démystifier cette façon sensationnaliste d’aborder le sexe qui prône la performance.

_ AVEC UN ADO HYPERSEXUALISÉ
Cela dépend de son âge. S’il s’agit d’une petite fille qui veut des strings, ses parents peuvent lui expliquer pourquoi ils ne sont pas d’accord: c’est un sous-vêtement de femme peu confortable qui n’est pas adapté à son âge. Il faut mettre une limite claire et nouer le dialogue en lui demandant pourquoi elle y tient. Dans le cas d’une adolescente habillée de manière provocante, on peut lui dire qu’elle est effectivement sexy, mais que ce n’est pas une tenue adéquate pour aller à l’école. Cet habillement va véhiculer une image qui n’est pas celle qu’elle souhaite donner et qui pourrait être interprétée comme un signe de disponibilité sexuelle. Elle doit par conséquent aller se changer. Dans tous les cas, il ne faut pas craindre d’encadrer l’enfant, à condition que cela ne soit ni trop étouffant ni trop lâche. Il doit sentir que ses parents sont là.

_AVEC LES MÉDIAS
La surenchère des médias et leurs messages en ce qui concerne le sexe sont particulièrement préoccupants quand les enfants les interprètent seuls. Les parents doivent critiquer ce qu’ils voient avec leurs jeunes et limiter, aux besoins, l’accès aux médias qu’ils jugent inappropriés.

_ AVEC LA PORNOGRAPHIE
Si vous voyez que votre ado est influencé par la pornographie, il faut en discuter. Tout dans cet univers y est exagéré, et il lui est parfois difficile de faire la différence entre réalité et fiction. Dites-lui qu’une relation sexuelle ne se déroule pas forcément de cette manière, que cela se fait avec une personne réelle et qu’il doit considérer sa pudeur, ses limites et son désir.

_ AVEC INTERNET
L’ordinateur devrait toujours être situé dans un lieu passant. Les enfants au primaire ne doivent pas pouvoir y accéder quand les parents sont absents. Quant aux ados, il faut leur dire que l’on n’hésitera pas, de temps en temps, à vérifier que ce qu’ils regardent est correct pour leur âge.

À NE PAS FAIRE

Il faut éviter les blagues sexistes ou homophobes et les commentaires sur les transformations du corps de votre enfant. Le taquiner peut vous sembler anodin, mais ça peut l’humilier.
Quant à la vulgarité, elle n’est jamais de mise. Même s’il a l’air parfois arrogant, l’adolescent est fort sensible et fragile.

En savoir plus

Parlez-leur d’amour... et de sexualité, de Jocelyne Robert, Les Éditions de l’Homme Sur le Web, le Guide d’accompagnement pour les parents de filles préadolescentes à l’adresse www.ydesfemmesmtl.org et le guide Entre les transformations, les frissons, les passions... et toutes les questions, téléchargeable sur le site www.msss.gouv.qc.ca/itss.