Le plaisir de se faire taponner

(Getty Images)Je suis allé me faire « massothérapeutiser ». On utilise le terme massothérapie pour le différencier des massages de moindres vertus avec des masseuses où ça tourne Déclin de l’empire américain vers la fin.

Sincèrement, tout ça me stressait plus qu’une première date. Au moins, avec une première date, t’en as pour quelques heures avant de te ramasser à poil. Là, c’est quelques minutes, et t’es le seul à te dénuder. Ça change la dynamique. Et ça me fait me poser une tonne de questions ridicules comme : est-ce que je dois me mettre complètement à poil ou garder mes boxers?

(Finalement, la réponse est plate : c’est comme tu veux.)

Même si c’est zéro sexuel, l’idée de me faire taponner par une fille que je ne connais pas, ça a quelque chose de stressant. Ce qui est assez paradoxal, considérant qu’on se trouve là dans le but de se détendre. Mais bon, la massothérapeute m’a mis à l’aise en quelques secondes. Belle face de femme zen et relaxe. Une voix plus assouplissante que trois feuilles de Bounce. Petite musique douce de piano style trame sonore d’Amélie Poulain.

Je pense que ça doit être la moitié de leur boulot : arriver à mettre les gens à l’aise. Le nombre de personnes complexées qu’ils doivent pogner! Elle était clairement douée parce que quelques minutes plus tard, j’étais étendu entre deux serviettes et je me faisais agréablement tâter. C’est seulement après le massage que mon cerveau s’est réactivé avec une nouvelle question : pourquoi ne suis-je pas venu ici avant?!

Pour la plupart d’entre nous, on passe de longues parties de nos journées assis (un peu tout croche) devant un ordi. On vit à 400 km/h avec un horaire chargé et un taux de stress accoté au plafond. On sait très bien que nos vies vont trop vite, et pourtant, on a plus tendance à s’enfiler les Red Bull pour maintenir le rythme que d’aller se faire calmer une heure ou deux, la face bien écrasée dans un beignet.

On néglige trop souvent le fait que notre corps, on l’habite pour plusieurs décennies. Tout près d’un siècle, pour certains. Ça demande de l’entretien. Et avec le bon massothérapeute, il peut être terriblement agréable d’être entretenu.

Si j’ai un conseil à donner, c’est de ne rien se prévoir juste après. Dans les films ou à la télé, on voit des hommes d’affaires se faire masser entre deux rendez-vous. Je ne sais pas comment ils y arrivent. C’est à peu près comme prendre trois pintes sur une terrasse durant ton heure de diner. T’es mieux d’être motivé pour ton retour, et t’en as pour quelques heures avant de perdre ton air de zombie.

Si j’avais eu une réunion sérieuse juste après, non seulement aurais-je manqué de crédibilité avec mon teint de bienheureux huilé, mais j’aurais possiblement approché un collègue pour lui faire un câlin.

J’aimerais voir ce que donnerait une journée où tout le monde se ferait masser dans le même après-midi. Juste pour voir l’ambiance du retour à la maison. Des gens souriants, patients. L’indice de bonheur grimperait sûrement en flèche. Le nombre d’accidents aussi, mais bon, un problème à la fois.