La mode des jeunes

«Dans mon temps...!»

Je me rappelle à l'adolescence quand je tapais sur les nerfs de mes parents avec ma musique rebelle. C'était la belle époque de Nirvana, Stone Temple Pilots, Hole, Alice in Chains, Pearl Jam, etc.  De la vraie bonne musique pesante et déprimante. Les cheveux longs, les vêtements de faux pauvres croches et trop amples.

Dans ma tête, c'était ça l'adolescence: de la musique heavy et du linge crade. Ensuite, on transigeait vers une vie plus normale et tranquille. Tu commençais graduellement à mettre des costards et écouter du classique. En fin de vie, tes papilles développaient une envie pour les paparmanes et tu te mettais à triper sur le bingo.

Un peu cliché, mais ma vision des choses ressemblait pas mal à ça. Comme tous les jeunes de toute l'histoire humaine, je me rappelle m'être dit: «Je ne ferai pas comme mes parents. Moi, je vais rester cool!»

Je croyais vraiment m'en sortir à merveille, jusqu'à l'arrivée des hipsters. La toute première fois dans ma vie où je me suis senti mononc'. Venant du grunge, on aurait cru un complot comme unique but de me taper sur les nerfs. Tu les vois s'habiller d'une façon qui m'était tellement ridicule. À la base, on s'entend que pour vouloir ramener la mode des années 80, il faut clairement ne pas les avoir vécus la première fois.
J'ai finalement déduit que ça faisait partie du concept. À moins de faire Star Académie, les jeunes écoutent toutes les musiques du monde et aboutissent sur celle qui tape le plus sur les nerfs des plus vieux. Ce n'est pas conscient, mais c'est la meilleure façon de se démarquer.

Moi, j'avais toujours cru qu'ils sortiraient une nouvelle musique qui varge plus, qui buche plus. Après tout, KISS était considéré comme du heavy métal dans les années 70. La nouvelle génération allait avoir les cheveux plus longs ou plus sales. Oh non! Fluo, jeans serrés et motifs de guépard!

Même s'il est vrai qu'on s'adoucit un peu avec l'âge, je m'étais trompé sur un truc. On reste sensiblement avec les mêmes goûts. Mes amis qui aimaient le gros punk rock sale dans le temps, aiment encore le gros punk rock sale aujourd'hui. Bien sûr, on évolue, nos goûts se fignolent, mais notre personnalité reste sensiblement à la même place. C'est la terre qui tourne.

Saviez-vous que c'est en 1929 que le bingo a été baptisé et popularisé dans sa forme actuelle en Amérique du Nord? Dans ce temps-là, j'imagine que c'était un truc jeune et cool. LE nouveau jeu dans le vent. Maintenant, une salle de bingo, c'est comme une salle paroissiale, c'est un synonyme pour une salle de petits vieux.

À part pour notre petite peau plissée, on ne ressemblera jamais à nos grands-parents. Ce sont les signes de vieillesse qui vont changer. Déjà, écouter du Radiohead, ça fait très adulte. Dans une cinquantaine d'années, rien ne va dire grand-mère comme un tatouage dans le bas du dos. Les chandails de loup auront sûrement alterné quatre ou cinq fois entre cool et pas-cool.

En fait, la seule chose qui n'aura pas changé, c'est que la meilleure façon de rester jeune sera encore d'être ouvert à ce que les nouvelles générations amènent, même si à première vue, ça tape sur les nerfs.

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