La fille qui était deux

(Getty Images)Pendant mes vacances à Paris, on m’a offert des billets pour Louis-José Houde qui y teste présentement le public français dans des petites salles. Je me suis dit que ce serait marrant d’y amener une Parisienne pour voir à quel point l’humour de LJH traverse bien l’Atlantique.

J’invite donc une des rares personnes que je connais un peu là-bas : l’amie matchée de ma proprio. C’est légèrement ambigu étant donné qu’elle a un copain, mais je l’invite à un spectacle d’humour, pas dans une suite nuptiale pour trois nuits.

De toute façon, je n’ai (à peu près) aucunes mauvaises intentions.

Elle accepte mon invitation et on se fixe un point de rendez-vous.

Le jour du spectacle, autour de 19 h, elle m’écrit : « J’ai invité mon copain à se joindre à nous. J’espère que ça ne dérange pas! »
...
Bien sûr non, voyons! Ça ne me dérange pas du tout! Au lieu de passer une soirée à échanger avec une fille tripante, je me ramasse à jouer le chaperon d’un couple que je connais à peine, et qui clairement, a des problèmes de confiance à régler.

En plus, je me ramasse dans une situation où je ne peux même pas chialer. Parce que si je me plains que le chum va suivre, c’est un peu comme si je confirmais que j’avais des intentions malhonnêtes avec la fille.

Tout ce que je peux faire, c’est d’encaisser en espérant qu’il ne reste plus de billets.

« T’inquiètes, on l’a déjà acheté! »

(À ce moment-là, j’en veux particulièrement à Houde qui n’est pas encore assez vedette là-bas pour remplir une petite salle de 40 personnes.)

Et comme de fait, le copain jaloux me fait la gueule toute la soirée (les Parisiens sont forts là-dedans) et se trouve un prétexte zéro crédible pour partir très tôt avec sa copine mal à l’aise qui me dit qu’on se reprendra.

Peut-être qu’on se reprendra, mais jamais avec ton copain bête.

La semaine suivante, elle m’invite à aller prendre un verre. Toute la journée, elle me parle au «moi » et au « je ».
« Ça te dit de venir prendre un verre avec MOI? »
« JE termine le boulot à 20h. »
« JE vais t’attendre au petit café. »
Jusqu’au tout dernier courriel d’une série de cinq ou six…
« Viens NOUS rejoindre au coin X et Y. »
Comment ça « nous » ?!

Est-ce que c’est un gag? Est-ce que je suis filmé présentement? Combien de fois je peux me faire prendre par la même arnaque? Est-ce que c’est une technique de fille pour préparer un ménage à trois?

Bon, c’est un peu anecdotique comme histoire, mais il y a plein de gens qui sont incapables de gérer leur douce moitié. Ce n’est même plus une question de désirer la fille ou non.

Si j’invite un bon ami à venir écouter le hockey tranquille et qu’il m’arrive avec sa blonde sans prévenir, ça se peut que je ne sois pas content. Pas que la blonde est nécessairement déplaisante, ce n’est simplement pas ce qu’on avait prévu et convenu. Ça change la dynamique d’une soirée.

Il y a des couples qui se ramassent toujours dans ces situations. Une copine me racontait son dernier souper de filles. Avec ses amies, elles ont une tradition où elles se réunissent une fois par deux mois depuis 15 ans. À leur dernier souper, une fille a imposé son copain parce que supposément, il la faisait se sentir mal.

Quel enfantillage!

Si ton homme ne te laisse pas aller dans un souper de filles une fois par deux mois, je t’annonce que c’est le temps de le sacrer là!

Il faut vraiment avoir des problèmes pour s’imposer dans un souper de filles où aucun autre conjoint n’est présent et dont t’as forcé l’invitation à ta blonde. Comment fait-on pour avoir du plaisir avec une prémisse pareille?

Et encore une fois, tout le monde est mal à l’aise à cause du couple qui n’a pas été capable de gérer ses problèmes d’insécurité à la maison.

Vous savez, c’est possible de refuser une invitation. Vous n’avez même pas besoin de donner la vraie excuse. Tout le monde ment. Au lieu de dire « mon chum est jaloux et possessif », il suffit de dire « mon chum est malade et je vais m’occuper de lui ».

Tout le monde s’en remettra. Mais SVP, gérez ça à la maison! Vous êtes des adultes.