Fantasme de vieux cochon

L'histoire était un gros fantasme de vieux cochon, dit-elle.

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En fin de semaine, je suis allé voir avec une copine le dernier film de Philippe Le Guay mettant en vedette Fabrice Luchini: Les femmes du 6ème étage. Un «film bonheur» avec une certaine profondeur qui se passe en France dans les années 60. Un film qui démontre combien les choses ont bien changé en France, mais en même temps, pas tant que ça. Même s'il est très bon, ce n'est pas du film en général dont je voulais parler, mais bien de l'idylle entre deux personnages.

Voici leurs profils :
- Le personnage de Fabrice Luchini: Jean-Louis Joubert. Agent de placement. 60 ans et bedonnant.
- Le personnage de Natalia Verbeka: Maria. Immigrante espagnole. Jeune femme de chambre particulièrement charmante et irrésistible.

Cette idylle a été perçue très différemment par mon amie et par moi. Selon elle, l'histoire d'amour n'était pas du tout crédible et elle la qualifiait même de «fantasme de vieux cochon.» Je la soupçonne d'avoir voulu être un peu provocante dans la forme, mais sur le fond, elle le pensait vraiment.
Du coup, je me sentais un peu coupable d'avoir apprécié.

Même si l'écart de sex-appeal était flagrant entre les deux, l'histoire n'avait pourtant rien de cochonne. On était loin de Lance & Compte avec du sexe gratuit et des pitounes qui attendent juste d'enlever leur top. C'était rempli de douceur, de patience, de sincérité.

Mais c'est vrai que si on regarde ça froidement, il y a des raisons d'être suspicieux. Un Luchini au corps plus que modeste, dans un rôle écrit par un auteur/réalisateur dans la même tranche d'âge. Ils se font un film où un homme de leur âge se dégotte une jeune Espagnole parfaitement sublime. C'est louche.

Je suis rentré chez moi et j'y ai repensé. Le film Lost in Translation est un film écrit et réalisé par une jeune femme (Sofia Coppola). On y présente pourtant une fabuleuse relation entre les personnages de Bill Murray et Scarlett Johanson. Par contre, il est vrai que la relation demeure platonique le temps du film. On pourrait faire une thèse de 300 pages à savoir si c'est une relation d'amitié ou d'amour, mais qui va me dire que cette relation était vide de désir?

Et il y a plusieurs films qui ont montré la situation inverse, où c'est la femme qui est plus âgée. Harold and Maude l'a fait en 1971 avec succès. Au Québec et plus récemment, il y a eu le film Les Grandes Chaleurs.
Évidemment, il est certain que dans le réalité, on ne voit pas ça tous les jours. Il est fort probable que dans la «vraie vie», l'actrice espagnole soit plutôt mariée avec un jeune joueur de soccer millionnaire et épilé. Cela dit, j'ai quelques copines dans la vingtaine en amour avec Luchini. Je ne sais pas à quel point cet amour est torride, mais il semble sincère. Chose sûre, les femmes dans la salle (avec un haut taux de madamisation, certes) étaient définitivement conquises.

Fantasme de vieux cochon... c'est tellement péjoratif! Un film sur deux est un fantasme, non? C'est le «vieux cochon» qui me heurte. Est-ce qu'un homme de 60 ans qui tombe en amour avec une jeune femme est systématiquement un vieux pervers? La femme de chambre approchait quand même 30 ans. Et elle était tellement charmante!
On a pourtant longtemps accepté ce genre de relation. Un homme vieillissant qui se trouve une jeune minette, c'est un classique. Est-ce que ça serait la fin? Moi, je croyais qu'on arrêterait de juger les femmes qui se pognent des hommes plus jeunes, pas qu'on jugerait davantage tout le monde qui sort de la norme.

Il reste que c'est une des raisons pourquoi l'art est si intéressant, on a tous une interprétation différente pour la même oeuvre. De mon côté, je ne sais pas si c'est mon «futur-moi» qui parle ou si je suis déjà cochon, mais plus il y aura de femmes qui s'éprendront pour de vieux bedonnants, mieux je me porterai.