Fâché noir contre mon imprimante

(Getty Images)Mon ancienne imprimante ayant malencontreusement chuté par la fenêtre au son de mes cris de rage, j’ai été contraint d’en acheter une autre. L’accidentée était vieille d’au moins trois ans et, comme pour tout autre appareil électronique, j’étais impatient de voir quelles nouvelles fonctions prodigieuses la technologie avait permis de développer. À moi les performances accrues, la miniaturisation poussée à l’extrême, la simplicité d’utilisation !

Bon.

En l’extirpant de sa boîte, je comprends vite que la théorie de l’évolution ne s’applique pas aux imprimantes ; Je ne vois aucune différence entre celle-ci et l’autre. Le ton de gris de son plastique, peut-être. Et n’est-ce pas un peu louche qu’une imprimante sans fil soit vendue avec un fil ? La raison m’apparaît très vite : quand il s’agit de configurer le réseau sans fil, il faut d’abord répondre à 400 questions — nom d’utilisateur, nom du réseau, nom de jeune fille de votre mère —, jusqu’à ce que s’affiche un message d’erreur aléatoire mais toujours incompréhensible qui conseille, en gros, de réessayer plus tard. Mais, plus tard, je n’aurai pas plus de patience. Je remercie donc le fabricant d’avoir inclus un fil, même s’il ne mesure que douze centimètres et qu’il doit se rendre de l’arrière de l’imprimante jusqu’à l’ordinateur. Un détail.

Ça fonctionne.

Mais ça fonctionne selon les caprices de la machine. Je suis pressé ? Elle imprime en haute définition, une page tous les quarts d’heure. J’ai besoin d’un document de cent pages ? Optimiste, j’appuie sur « imprimer » et je vais me faire un café en sifflotant pendant que l’appareil effectue son travail. À mon retour, je constate que les cinquante premières pages sont imprimées dans le mauvais ordre et que les autres sont répandues par terre, déchirées et froissées, comme si un chat drogué aux amphétamines s’était battu avec l’imprimante. En boni, il y a quelques feuilles coincées très loin dans le ventre de la machine.

Je réessaie. On m’informe que les niveaux de l’encre jaune, cyan et magenta sont bas. Mon document est pourtant en noir et blanc mais ça va, je suis docile, je n’insiste pas et je change les cartouches. Je réessaie. Ça semble fonctionner. Je quitte la pièce un moment pour aller prendre des calmants. À mon retour, toutes les pages sont imprimées, mais elles sont illisibles parce qu’il manque d’encre noire. Pourquoi n’ai-je pas eu de message d’avertissement ? Parce que mon imprimante fait ce qu’elle veut et, ce qu’elle veut, c’est me rendre dingue. De toutes les façons possibles. Et souvent au milieu de la nuit.

Keeeeeeclac cratchi cratchi cratchiiiiiii raaatakatakatakak…

- Cœur ? Réveille-toi ! C’est quoi, le bruit ? On dirait qu’un robot détraqué est en train de tout détruire dans ton bureau !
- Ben non, c’est l’imprimante. Elle envoie probablement mes déclarations de revenus par fax à des gens que je connais pas.
- J’ai peur.
- J’ai un bâton de baseball caché en dessous du lit spécialement pour ce genre d’occasion. Je m’en occupe.

Quand on retrouvera ce qui reste de l’imprimante sur la rue, juste sous ma fenêtre, je plaiderai soit la folie passagère, soit la légitime défense. Et, dans les deux cas, je sais qu’on me donnera raison.

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