Fâché noir contre les tatouages

(Getty Images)Le tatou est un petit mammifère à carapace dure, vivant dans les steppes d’Amérique tropicale. Il se nourrit d’insectes tels que les fourmis, les vers et les termites, et parfois de petits fruits tombés des arbres. Alors non, ce n’est pas un tatou que tu rêves d’avoir dans le bas du dos, c’est un tatouage. Et il faut que je te prévienne : c’est passé de mode. Eh oui. Juste au moment où te venait l’envie d’en avoir un ! C’est devenu « out » le jour où ta mère s’est fait tatouer une salamandre sur le pied pour garder un souvenir impérissable de son voyage à Cancún dans un tout inclus.

Finis, les tatouages.

Il faut dire que certaines personnes ont exagéré. Je parle des douchebags qui, en plus de se muscler les bras pour pouvoir y étaler encore plus de barbelés, se sont mis à porter des t-shirts, des casquettes, des chemises et des jeans délavés ornés de motifs tribaux de peuplades dont ils n’ont jamais entendu parler. C’est de la faute aux douchebags si le niveau mondial de tatouage a atteint son niveau de saturation. Alors hop, on ferme les studios de tatouage et on ouvre des studios de détatouage. En 1988, au moment où tu as découvert l’alcool dans le bar de tes parents et que tu ne savais pas quoi faire de l’argent de ton premier emploi d’été, ça t’a semblé une bonne idée de te faire tatouer Fabrice et Rob de Milli Vanilli sur chacun de tes genoux dans un salon de tatouage crade de la rue Ontario. À l’époque, tu ignorais qu’ils ne chantaient pas pour vrai, et tu avais l’excuse d’être enivré par le Schnapps aux pêches. Le moment est venu de réparer les erreurs du passé. Dis adieu au signe chinois que tu portes dans ton cou. Et, maintenant qu’on en parle, t’aurais pu choisir un tatoueur qui parle chinois plutôt qu’un unilingue francophone : à cause de quelques traits mal placés, ce n’est pas « courage et honneur » que tu t’es fait graver sur les pectoraux, mais bien « courgette et odeurs ».

Les tatoueurs sont des artistes et, comme tous les artistes, il y en a des bons, des mauvais, et des très très mauvais qui se pensent bons. Regarde ton tatouage attentivement. Avoue que la face de ton enfant sur ta cuisse ressemble plutôt à une poupée monstrueuse aux dents pointues tirée d’un cauchemar de Stephen King. Avoue que tu portes souvent des chemises à manches longues rien que pour cacher la citation de Baudelaire sur ton avant-bras qui t’enivrait hier mais qui te semble quétaine aujourd’hui. Avoue qu’un soleil noir autour de ton nombril, c’est juste dégueulasse.

Tu rêvais de ressembler à Lisbeth Salander mais t’as l’air d’une danseuse maganée d’un bar topless de Val-Alain. C’est correct. Tout le monde peut se tromper. Fais-nous plaisir et va te faire enlever ton dragon qui ressemble à un canard déplumé qui se serait fait rouler dessus par un dix roues. Ça fera pas mal. Et, avec l’été qui arrive, nos yeux te diront merci.

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