Fâché noir contre les rêves

"Quand tu rêves que tu voles, ça veut aussi dire que tu vas bientôt mourir dans un terrible accident. (N’hésite …Le Surréalisme est un mouvement artistique dont les œuvres sont inspirées par les rêves de leurs créateurs. Les toiles de Salvador Dali sont particulièrement célèbres : montres molles, femmes à tiroirs, éléphants avec de longues jambes minces… eh ben dites donc. Ces gens-là avaient des rêves plus intéressants que les miens. Les rares dont je me souviens sont d’une banalité exemplaire : je déambule dans une épicerie, j’attends l’autobus, je fais une brassée de lavage, rien qui mérite d’être immortalisé en peinture. J’aurais fait un très mauvais surréaliste.

Mes rêves sont plates, mais les tiens sont encore pires.

Si tu veux être certain que je ne t’écouterai pas, commence une phrase par « hier, j’ai rêvé que… » et hop, c’est instantané, je hoche la tête en feignant l’intérêt alors que je pense à autre chose ou que j’essaie d’imaginer de quoi t’aurais l’air avec une moustache. À la limite, tes rêves sexuels pourraient être intéressants s’ils ne mettaient pas en scène des protagonistes bizarres ou dérangeants comme Bobinette, les quatre Télétubbies ou Stéphane Gendron. Ça t’arrives jamais de rêver de Nathalie Portman ou de Scarlett Johansson ?

Peut-être que tu me racontes tout ça parce que tu crois que je suis doué pour analyser le symbolisme de tes rêves. Allez. Je peux bien faire un effort. Quand tu rêves que tu perds tes dents, ça veut dire que tu vas mourir bientôt dans un terrible accident. Quand tu rêves que t’es dans un beau grand voilier sur un lac avec tous les membres de ta famille, ça veut dire que tu vas bientôt mourir dans un terrible accident. Quand tu rêves à un corbeau, une pomme, un igloo, un chat, un camion, quand tu rêves que tu voles, quand tu rêves que tu ne voles pas, ça veut aussi dire que tu vas bientôt mourir dans un terrible accident. (N’hésite pas à me consulter à nouveau, si jamais je t’ai pas coupé l’envie de rêver.)

Je crois que ce dégoût profond me vient de la littérature. Quand t’es un personnage de fiction, tu ne devrais pas avoir le droit de rêver. J’ai toujours l’impression que l’auteur a cherché à remplir quelques pages sans trop se forcer en se disant que le lecteur, s’il a du temps à perdre, analysera cette scène onirique et finira par y trouver une certaine profondeur qui incite à la réflexion. Pour ma part, j’ai autre chose à faire (comme m’imaginer de quoi t’aurais l’air avec une moustache).

Au cinéma, je me demande combien de fois a servi ce « punch » usé : un consanguin difforme, avec des yeux exorbités et du blanc au coin des lèvres, s’approche de son innocente victime, une blonde pulpeuse qui somnole au pied d’un arbre, vêtue d’un short très court et d’une camisole blanche rendue transparente par la rosée du matin. La brute marche sur une branche qui craque et la belle se réveille. Elle se met à courir – gros plan jusqu’à la taille et effet de ralenti –, poursuivie par le gros moche qui finit par la rattraper. Il sort sa machette, pousse un grand hurlement de bête sauvage et… LA FILLE SE RÉVEILLE DANS SON APPARTEMENT. Ce n’était qu’un rêve ! Ohlala ! Quel soulagement ! On t’a bien eu, spectateur crédule !

Au moins, la fille dans le film se fera kidnapper dans un petit instant par la brute en question, qui était cachée dans un placard. Ça lui évitera d’aller emmerder ses amis en leur racontant son rêve.

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