Fâché noir contre les réparations

D'antan, il suffisait de malmener un peu les appareils pour qu'ils refonctionnent. (Getty Images)Quand j’étais jeune, on avait à la maison un téléviseur indestructible encastré dans un meuble en bois. Quand l’image ou le son disparaissait, il suffisait de secouer l’appareil et de lui sacrer un bon coup de poing sur le côté pour le réparer. Je suis certain que cette antiquité des années cinquante fonctionne encore très bien, peu importe qui l’a ramassé après que mon père, aidé de trois oncles forts comme des buffles, l’ait mis à la rue.

C’est un peu plus tard, dans les années quatre-vingt-dix, que les compagnies se sont mises à fabriquer des machins qui cassent tout le temps et qui, croirait-on, se réparent facilement.

Mais si la vie était si simple, cette chronique n’existerait pas.

Je me souviens d’avoir déjà voulu faire réparer un moniteur d’ordinateur. Vous savez, ces trucs beiges pesant cent livres et n’offrant aucune prise quand vient le temps de les transporter ? Un de ceux-là. Je me l’étais harnaché sur le dos et je m’étais rendu chez un réparateur de l’avenue Mont-Royal qui, signe des temps, était aussi un salon de coiffure. Le problème : sur le cordon de branchement, une minuscule tige de métal était cassée. Le coiffeur a vite conclu que la réparation coûterait plus cher qu’acheter un moniteur récent à écran plat. Adieu bonnes intentions, bonjour poubelle. Mais, au moins, ces gigantesques écrans d’ordinateur ont une deuxième vie : ils y mettent quatre roues, trois portes, et en font des voitures Smart.

Rien de ce que je possède ne semble réparable. Et, pourtant, je persiste. J’ai des amies qui me racontent les exploits extraordinaires de leurs cordonniers : « Il a sauvé mes Blahnik ! Il a transformé mes bottes d’hiver en sandales romaines ! Il m’a fait un superbe sac à main avec Cachou, mon fox-terrier mort de vieillesse l’année dernière ! » Pour ma part, chaque fois que je me décide à aller voir un cordonnier avec une botte dont la semelle décolle, il l’inspecte d’un air dubitatif, les lunettes sur le bout du nez et la cigarette au bec, et me la redonne avec un haussement d’épaules. « C’pas réparab », qu’il me dit sans plus faire attention à moi, occupé qu’il est à faire des miracles avec les souliers ou les chiens de mes amies.

Pour ce qui est de réparer les choses moi-même, j’aime mieux ne pas y penser. Ceux qui ont lu ma chronique sur les « petites rénovations » savent les dangers de me mettre un marteau ou un tournevis dans les mains : donnez-moi une tablette à installer et vous aurez l’impression qu’Al Capone est venu mitrailler vos murs. Je suis capable de mettre le feu à la cuisine en tentant de recoller une anse sur une tasse ou de faire un dégât d’eau en changeant la pile d’un avertisseur de fumée.

C’est simple : si ça ne se répare pas avec un coup de poing, un coup de pied ou avec du papier collant, je n’ai aucune chance de réussite. Heureusement, mon gramophone, mon téléphone à roulette et ma machine à écrire électrique fonctionnent encore très bien.





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