Fâché noir contre les phrases toutes faites (3e partie)

« T’es chanceux dans ta malchance. » (Getty Images)J’ai beau avoir écrit deux chroniques sur les phrases et les expressions qui m’achalent, certaines personnes persistent et continuent à m’adresser la parole. Je les ai écoutées, j’ai souri, j’ai pris des notes.

« Achète un Mac ! »
Si t’as le malheur d’avoir un problème technique avec un appareil qui ne provient pas de chez Apple et que tu demandes un conseil, il y a toujours le iSmatte qui s’empresse de lancer cette réplique. C’est rude et ça ne répond pas à la question. On pourrait souhaiter au iSnob d’échapper son iPad dans son bain mais, s’il ne meurt pas électrocuté, ça ne lui donnera qu’un heureux prétexte pour acheter le nouveau modèle.

« T’es chanceux dans ta malchance. »
Des fois, on dirait que tu fais exprès pour me faire pogner les nerfs. Oui, c’est vrai, il peut toujours arriver pire. Je me suis cogné sur le pouce avec un marteau mais, évidemment, j’aurais pu donner un coup sur le mur et le défoncer, sectionner les fils électriques, mourir électrocuté, mettre le feu du même coup et brûler la moitié de la ville. Mais, dans l’immédiat, je viens de m’écraser un marteau sur le pouce. Est-ce que j’ai le droit d’être en maudit et de sacrer pendant quelques minutes sans qu’on me fasse la morale ?

« Je l’aime d’amour. »
Sinon, tu l’aimerais de quoi ? Dis-tu ça parce qu’il te semble qu’un simple « je l’aime » n’est plus assez puissant pour exprimer ce que tu ressens ? Dans ce cas, tu peux aussi dire « Je l’aime amoureusement d’un amour amoureusement amoureux », ça a l’air tout aussi fou.

« Trop, c’est comme pas assez. »
    Euh, non. Supposons que ton médecin de famille, après t’avoir inspecté de la gorge aux mollets, te donne un des diagnostics suivants : 1. « Vous êtes pratiquement trop en forme pour votre âge ! Bravo ! » ou 2. « Ohlala. Vous n’êtes pas assez en forme. Il va falloir cesser de boire, de fumer, de manger gras, sucré et salé. En fait, je crois que je vais tout simplement vous coudre la bouche. » Pas pareil.

« Je suis arrivé sans crier gare. »
    Tu m’inquiètes, là. Parce que ça me donne l’impression que tu arrives parfois quelque part en criant « gare ». Peux-tu m’expliquer dans quel contexte on crie ça, au juste ? Es-tu aussi du genre à faire des choses en criant « lapin » ou « ciseau » ? T’es-tu déjà demandé pourquoi les gens te regardent drôle ?

« Il n’y a pas de quoi fouetter un chat. »
Je comprends très bien que, dans la vie, la plupart du temps, il n’y ait pas de quoi fouetter un chat. Mais cette expression sous-entend quelque chose de terrible : il y aurait des situations où fouetter un chat serait justifiable, et peut-être même approprié. Mais dans quels cas, bon sang ? Et tu t’y prends comment ? Est-ce que le chat se laisse faire ? T’as jamais eu peur qu’il se venge en venant se coucher sur ton visage pendant la nuit pour t’étouffer dans ton sommeil ?

« Namasté ! »
Bon, regarde donc l’autre qui baragouine le sanskrit. Du calme, chose. Tu viens seulement de t’inscrire à un cours de yoga qui se donne le mardi soir dans un local au-dessus d’une pharmacie. T’acheter des pantalons d’éduc’ et un tapis rose en caoutchouc ne fait pas de toi un gourou indien.