Fâché noir contre les paroles de chansons



(getty Images)Rah, rah, ah ah ah
 Ro-mah ro-mah-ma
Gaga ooh-la-la
Want your bad romance

- Lady Gaga


Quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique, je ne me préoccupais pas vraiment des paroles. C’était les années quatre-vingt et tout ce que j’écoutais était en anglais et je n’y comprenais rien. Une chanson comme Footloose, ça disait « footloose, nananoose, ouanananana nanawoose », et c’était parfait comme ça. De toute façon, le vrai texte ne devait pas être beaucoup moins insignifiant. L’important, c’était la musique.

C’est en 1984 qu’on est venu me gâcher tout ça. La pièce Do they know it’s christmas, chantée par tout plein de mes vedettes préférées – j’avais des goûts douteux –, était destinée à amasser des fonds pour lutter contre la famine en Éthiopie. We are the world a suivi peu après. Soudainement, ça ne suffisait plus de siffloter la mélodie en tapant du pied. Il fallait maintenant écouter les textes. C’était du sérieux.

Au Québec, nous avons été gâtés. Richard Séguin s’est mis à nous chanter La raffinerie, sous les cheminées et la vie déprimante des gens anonymes. Comment on fait pour taper du pied en écoutant ça ? Dan Bigras en a ajouté une couche sur le même sujet, tandis que Richard Desjardins a jeté son dévolu sur les lacs et les forêts. Quand est-ce que tu files pour écouter une toune sur la forêt qui se meurt ? Déjà que j’aime pas quand on me fait la morale, j’aime encore moins quand on le fait en chantant.
Du côté francophone, je me suis alors tourné vers Daniel Bélanger, qui chantait des trucs dingues comme « l’espace garde en otage le lunatique en son ouvrage et le dauphin flou sous l’hymen d’eau que la lune suit de ses flambeaux ». Je me souviens d’avoir demandé à un de mes amis ce que ça pouvait bien signifier. Il m’avait répondu : « Ça veut rien dire, c’est de la poésie. »

Je me suis donc intéressé à la poésie.

Je n’y comprenais rien alors c’était comme de l’anglais, mais en français. Moins je comprenais et mieux je me portais. Ce n’est donc pas moi qui serai offensé quand quelqu’un tente de faire passer ses textes insignifiants ou incompréhensibles pour de la poésie. Je n’ai pas bronché quand j’ai entendu récemment Brumes de ta bouche d’Éric Lapointe, où il chante « que les morveux se mouchent que les autres se touchent, les brumes de ta bouche seront toujours mouillées » ou encore « tous ceux qui ont vécu tout nus sur tes rivages ne sont pas revenus de leur dernier voyage ».

Bon, j’avoue, j’ai peut-être ri à en pleurer une minute ou deux. Dans son cas, ce ne sont pas ses textes qui m’empêchent d’apprécier ses chansons, c’est sa voix, sa musique, ses arrangements et tout le reste.
Au moins, le gars n’essaie pas de nous sensibiliser au sort d’espèces en voie de disparition.

Une des pièces que j’ai écoutées en boucle ces dernières années est celle où Eduard Khil chante « trololololololololo yayayayaya ». Et ce n’est même pas un plaisir « coupable ». Je ne me sens coupable de rien. Ce bon Eduard, récemment décédé, avait compris depuis longtemps que si on veut se renseigner sur ce qui se passe dans le monde et s’assurer que la planète va toujours aussi mal, on n’a qu’à ouvrir les journaux.

Si j’achète ton disque, chante-moi des choubidouwas et je vais être bien content.





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