Fâché Noir contre les courriels

(Getty Images)Je me rappelle avec nostalgie le temps pas si lointain où chaque courriel qui m’était adressé me procurait autant de joie qu’une longue lettre manuscrite m’arrivant par la poste. Je prenais même le temps de lire les demandes d’inconnus empreints d’une foi religieuse dévorante souhaitant m’offrir millions de dollars. Aussi, je croyais que c’étaient mes ex-blondes qui m’envoyaient le pourriel « enlarge your penis » et je boudais pendant des jours.

Dans les bureaux, on donnait des formations pour que les employés puissent comprendre la différence entre « répondre seulement à une personne » et « envoyer à tout le bureau mon commentaire désobligeant à propos de l’odeur corporelle du patron ». Ceux qui réussissaient brillamment pouvaient suivre la formation avancée « Comment envoyer un volumineux document PowerPoint bourré de photos de chats à toute sa famille sans oublier de joindre le fichier ».


En ces jours bénis, je prenais mon temps pour répondre à tous les messages et je sélectionnais avec soin le « GIF » animé qui serait le plus approprié pour chaque envoi. Un Snoopy qui danse ? Un chat qui hoche la tête ? Je ne recevais pas plus d’un ou deux courriels par jour, alors j’avais le temps de m’appliquer. Remplacer la terne blancheur du courriel par un motif floral n’était même pas un luxe.

Maintenant, ça se bouscule dans ma boîte de réception. Le temps de me brosser les dents et hop, dix nouveaux messages.

J’ai développé une méthode simple et efficace pour en venir à bout parce que, dans la vie, y a-t-il quelque chose de plus réjouissant qu’une boîte de réception vide ? Et voilà que, généreux comme je suis, en exclusivité mondiale, hop, comme ça, par bonté d’âme, sans aucune obligation d’achat, je vous livre mes secrets.


L’OBJET
Sauf exception, je n’y mets rien d’autre que des points de suspension. C’est minimaliste, intrigant et très vite fait. Je suis désolé pour ceux qui se servent de l’objet pour classer leurs courriels, mais moi ça m’évite de passer une heure à attendre l’inspiration pour trouver un titre simple, évocateur et résumant avec justesse l’envolée lyrique de mon message.

LE MESSAGE
Je commence par un « Salut ! » enthousiaste. Ensuite, un message qui contient entre trois et cinq phrases, pas plus. Ça peut avoir l’air radical, mais ce truc a changé ma vie. Pour éviter d’avoir l’air bête et expéditif, je mets un ou deux points d’exclamation. Si le message a pour but de fixer une rencontre, je prends tout en charge. « On va au resto bientôt ? » m’occupera pour la semaine en envoi de questions et de réponses pour régler les détails. Mais un « On se voit jeudi prochain? 19h au resto Machin. Si ça te va, je m’occupe de la réservation » a l’avantage de n’avoir besoin que d’un « oui » pour clore le dossier. Et la personne à l’autre bout, qui a une vie au moins aussi occupée que la mienne, est enchantée de ne pas avoir une multitude de choix.

LA TOUCHE FINALE
« Ciao ! » Le sous-texte est éloquent : t’écrire m’a mis de bonne humeur. Et je maîtrise une langue étrangère.

On me reproche parfois mon extrême concision, mais bon. Je gagne ma vie avec l’écriture, alors il faut savoir où mettre son énergie. Si vous insistez pour que je vous écrive de longs courriels inspirés, attendez-vous à recevoir une facture.

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