Fâché noir contre les chiens

(Getty Images)Vous avez sûrement vu cette vidéo sur le Net : après des mois d’absence, un soldat revient d’une mission à l’étranger, son gros sac sur le dos. Il arrive chez lui. Quelqu’un ouvre la porte, caméra à la main, et le chien sort de la maison, jappant, sautant, tellement fou de joie qu’on croirait que son bonheur va le faire imploser. Le vaillant soldat se jette à genoux et se fait lécher le visage par son chien frétillant.

Il existe des dizaines de variations autour du thème, mettant en scène Jack le soldat américain, John le soldat canadien, Princesse le golden retriever ou Ricky le pékinois albinos asthmatique et boiteux. À chaque fois on s’émeut, on craque, on pleure en se disant que la vie est belle et touchante.

Ouais, Bon.

Ceux qui connaissent un peu les chiens savent que Ricky, comme tous les autres toutous, est émotionnellement instable. Tu reviens à la maison après être allé au dépanneur pour acheter du lait et Pépito jappe et saute comme si t’étais parti depuis des semaines. Le temps de descendre au sous-sol pour partir une brassée de lavage et de remonter, Cachou s’étonne de te savoir encore vivant et s’évanouit de bonheur rien qu’à entendre ta voix.

Sur YouTube, les retrouvailles des militaires avec leurs enfants sont tout aussi touchantes, d’autant plus que ceux-ci ne pissent pas par terre en voyant papa revenir d’Afghanistan et ne partent pas à courir après une balle en jappant l’instant d’après en oubliant ce qui vient de se passer.

Je n’ai rien contre les chiens, tiens-je à préciser. Je prends plaisir à les flatter, comme tout le monde, pour peu qu’il y ait des lavabos à proximité où je peux ensuite me décrotter les mains. Ce qui m’exaspère, c’est quand on essaie de me convaincre que le chien est le meilleur ami de l’homme. Si tu crois ça, je me demande vraiment à quoi ressemblent tes amis.

De mon côté, je n’en connais aucun qui profite d’un moment où j’ai les mains pleines pour arriver derrière moi et m’enfoncer son nez mouillé entre les fesses. Aucun ne vient s’essuyer la bouche sur mes jeans après avoir bu de l’eau sale et mangé de la pâtée gluante. Et je me sens le devoir de les défendre ici : quand mes amis se font arroser le visage par une mouffette, ils ne partent pas à courir derrière elle le lendemain pour aller la saluer en croyant qu’ils se sont fait une nouvelle amie.

Le seul trait de personnalité que je peux associer à la fois au chien et à certains de mes amis, dont je tairai les noms pour protéger leur anonymat et éviter les représailles, c’est cette faculté qu’ils ont de revenir sans cesse dans les bras de ceux qui les rejettent. Ce n’est qu’après s’être fait abandonner dans la forêt qu’ils comprennent que cette histoire d’amour est terminée et qu’il est temps de passer à autre chose.

Heureusement pour eux, avec ma bonté sans borne, je suis toujours disponible pour les recueillir chez moi, une fois qu’ils se séparent une bonne fois pour toutes, qu’ils ont le cœur brisé et qu’ils se cherchent un endroit où dormir. Ils savent que j’ai toujours pour eux une confortable couverture de laine que je peux installer temporairement au pied de mon lit. J’adore les observer sans qu’ils le sachent et compter le nombre de tours qu’ils font sur eux-mêmes avant de se coucher.

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