Fâché noir contre les biographies

Cela a toujours été un de mes rêves de pouvoir un jour écrire mon autobiographie.

- Georges Laraque - 



(Getty Images)Georges Laraque a la sienne. Alain Dumas et Marie-Chantal Toupin ont aussi la leur. Pour tout dire, à l’exception de quelques jeunes acteurs qui ont tourné dans « Monsieur Lazhar », tout le bottin des artistes a soit une biographie ou une autobiographie. (Il ne faut pas confondre les deux! La biographie est l’histoire d’une personne, écrite par une autre. L’autobiographie est l’histoire d’une personne, souvent écrite par une autre qui ne sera pas créditée.)

Au moment de la publication, la plupart des personnes concernées sont d’une touchante humilité : « Je ne voulais pas écrire ma vie. Je considère que j’ai une vie normale, comme tout le monde, avec ma famille riche, mes amis riches, mon hélicoptère et mes quatre résidences secondaires. Mais j’ai dû céder aux pressions des milliers de fans qui m’idolâtrent et qui ne peuvent pas vivre plus d’une journée sans entendre parler de moi ».

Il n’y a pas que la célébrité qui pousse les gens à se raconter le temps d’un livre. Il y a aussi l’enfance difficile, les maladies graves ou l’intimidation. S’être fait traiter de toutoune ou de fifon à l’adolescence suffit pour remplir 250 pages, pour peu que la police de caractère choisie soit assez grosse. « J’ai senti qu’il fallait que je partage mon histoire pour faire savoir aux gens qui vivent une situation semblable qu’ils ne sont pas seuls. » Évidemment. C’est à croire que tous ceux qui écrivent leur autobiographie le font contre leur gré.

Georges Laraque a aussi dit ceci : « j'aime mieux lire des histoires vraies des gens qui ont eu des impacts positifs dans la société que de la fiction. » Je n’aime pas trop le contredire parce qu’il est plus grand que moi et a un sérieux passé de tabassage d’êtres humains, mais les biographies contiennent une large part de fiction. C’est du passé manipulé pour lui donner le sens qu’on veut bien lui donner.

Un biographe prend position : l’individu est-il un héros ou un traître? Un dictateur n’est pas décrit de la même façon par un membre de son parti que par quelqu’un dont les parents ont été assassinés sous son régime. Tout biographe a un angle d’approche, un avis précis sur le personnage. Il fait une relecture du passé et met l’accent sur ce qu’il veut montrer en oubliant certains petits détails fâcheux, surtout s’il veut faire une biographie autorisée. Celui qui écrit son autobiographie tombe parfois dans la complaisance et cherche à gagner la sympathie du lecteur en expliquant à quel point il est sorti grandi de ses erreurs passées. Et ça marche, le temps d’une courte saison littéraire. Le livre se retrouve ensuite dans les bacs de liquidations des magasins à grande surface, puis au recyclage.

C’est d’ailleurs une chance que tout ce papier ait une seconde vie. Je ne lirai pas la biographie de Marie-Chantal Toupin mais, une fois qu’elle aura été recyclée en mouchoirs de papier, je risque fort de me moucher dedans.


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Surveillez la sortie prochaine de l’autobiographie non autorisée de Stéphane Dompierre, intitulée « Moi aussi je voulais ma bio, bon ! » Et pour entendre des extraits hilarants d’autobiographies, visitez le site du Cabaret biodégradable.

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