Fâché noir contre le paranormal

(Getty Images)La semaine dernière, alors que je roulais par une nuit sombre sur une petite route de campagne, la voiture est tombée en panne. Dans le ciel, un grand objet lumineux venu d’une galaxie lointaine s’est approché pour se poser dans un champ, tout près.

Ben non, ami lecteur, je te niaise. Je viens de te raconter l’histoire de David Vincent dans la vieille série télé « les envahisseurs ». Ça ne m’arrive jamais, ce genre d’affaires-là. Je n’ai jamais rien vu qui pourrait ressembler de près ou de loin à un ovni, même pas une de ces sondes météorologiques avec lesquelles ils sont souvent confondus. Les témoignages sont pourtant nombreux ; tout le monde semble avoir déjà vu des cigares métalliques ou des boules de feu flotter dans le ciel. Je commence même à penser que les extraterrestres me boudent. Et pourtant, je ne demande qu’à en voir pour y croire. Emmenez-en, des petits gris, des cosmonautes du futur et des plumés agressifs qui ressemblent étrangement à des hiboux. S’ils sonnent à ma porte, je leur offre un café. (C’est aussi ce que j’offre aux enfants à l’Halloween, avec un succès mitigé.)

Depuis que je suis tout petit, j’espère assister à des phénomènes paranormaux. À l’adolescence, j’ai cessé d’attendre et j’ai commencé à être proactif. J’ai tenté de lire dans les pensées de Pinotte, le chien de la famille. Échec. J’ai tenté d’hypnotiser mes parents pour les faire léviter et pour qu’ils m’achètent un Walkman jaune. Échec. Tels Uri Geller ou Luke Skywalker, j’ai tenté de déplacer des petits objets ou de tordre des cuillères par la seule force de la pensée. Échec. À ce jour, la seule méthode qui fonctionne pour tordre des cuillères, c’est quand j’essaie de manger de la crème glacée Häagen-Dazs tout juste sortie du congélateur.

Ce n’est pas moi qui rejette le paranormal, c’est le paranormal qui me rejette. Encore aujourd’hui, dans l’appartement, je guette et j’espère les bruits étranges. Mais ce que j’entends finit toujours par avoir une explication simple et rationnelle : toilette qui déborde, famille de souris qui gruge les murs ou voisins qui copulent. Aucune grand-mère depuis longtemps décédée, vêtue d’un drap blanc et agitant des chaînes, ne vient chez moi pour s’amuser en déplaçant des meubles, en inscrivant des messages menaçants sur les murs avec du sang ou en essayant de m’étrangler dans mon sommeil.

Déception.

 Pour compenser, j’écoute les histoires de fantômes avec intérêt, même si la source est habituellement un « ami d’ami ». Les amis d’amis, il leur arrive toujours des aventures abracadabrantes. C’est louche, mais je suis bon public. Là où j’ai un malaise, c’est quand un ami proche me parle d’une de ses expériences personnelles avec l’au-delà. J’ai toujours de la difficulté à me concentrer sur ce qu’il me raconte et, l’air de rien, j’évalue ses habitudes de vie et je le questionne sur sa consommation récente d’alcool, de drogues et de yaourts périmés. Je m’inquiète et me demande vers quelles ressources je pourrais le guider. Psychologue ? Neurologue ? Exorciste ?

Ce n’est pas du scepticisme mais de la jalousie.


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Pour de l’inexpliqué, des théories de complot et Richard Glenn qui feuillette le journal et commente l’actualité, n’hésitez pas à aller vous perdre dans les splendeurs du site web d’ésotérisme expérimental. Richard Glenn s’appelle maintenant Kiwan RG et s’est fait pousser une barbe pour accompagner sa célèbre moustache.