Fâché noir contre tes photos de vacances

Je t’avertis tout de suite: cette semaine, ma chronique existe simplement parce que tu pars en vacances et pas moi. Je suis un peu jaloux, alors il fallait bien que je te picosse sur quelque chose. Ce qui se rapproche le plus de vacances, dans mon cas, ce sera d’aller fouiner dans les photos que tu mettras sur Facebook à ton retour. Mais il faut que quelqu’un te le dise: tes photos de voyage sont plates.
«T’as juste à pas fouiller dans mes photos, espèce de malade», serais-tu tenté de me répondre. Mais le fait est qu’elles seront là, sur facebook, et que ce sera tentant d’aller y jeter un œil. Toi, exhibitionniste, moi, voyeur. Un couple parfait.

Ton problème, avec les photos, c’est d’abord la quantité. Depuis l’arrivée de la carte mémoire, tu t’es lâché lousse sur le Kodak et tu bourres ton appareil pour être certain d’avoir LA bonne photo. Ça te rassure de savoir que tu n’auras pas fait tout le voyage jusqu’au Grand Canyon pour revenir avec un 24 poses de photos ratées. Mais bon. Tu sais, entre 24 photos du Grand Canyon et 800, y’a sûrement un juste milieu. Surtout qu’entre un tas de roches et un autre, moi, après quatre photos, je ne vois plus du tout la différence. Après dix, je dois me taper la tête sur un mur en hurlant pour rester éveillé et il me vient une envie folle de me glisser dans une baignoire remplie de café turc.

Si tu pars dans le sud dans un «tout inclus», permets-moi de te rappeler ceci: là-bas, il n’y a que six photos possibles.

1. Toi au bar aménagé dans la piscine, avec ton 8e cocktail trop sucré à la main.
2. Toi, pompette, juste avant le souper sur le petit chemin qui mène de ta chambre jusqu’au buffet.
3. Toi, pompette, qui lis une « lecture d’été » sous ton parasol.
4. Tes pieds, avec le sable et la mer en arrière-plan.
5. Un lézard et/ou un paon et/ou un gros insecte (pour l’exotisme).
6. L’avion qui te ramène au Québec.

Toutes les autres ne sont que des variantes inutiles de celles-ci. Jette-moi ça. Pour Cuba, je suis permissif, t’as droit à huit : rajoute celle où tu es appuyé sur une vieille voiture et celle où tu glandes devant une affiche aux couleurs du Che. Les cinquante photos de ta visite d’une usine de cigares: plates, plates, plates.

Pendant qu’on y est, j’aimerais te parler de quelque chose qui va changer ta vie: l’avant-plan. C’est un cadrage tout simple qui fait que si tu veux photographier ta mère et la tour Eiffel, par exemple, t’es pas obligé d’envoyer la première se mettre en dessous de la deuxième rien que pour les avoir toutes les deux dans ta photo. Elle sera si loin dans l’image qu’on ne verra même pas qui c’est. Si t’aimes ta mère plus que la tour Eiffel, tu peux la cadrer au premier plan, tout près de l’appareil-photo, et laisser le vieux machin rouillé en arrière-plan. Je te ferais bien un dessin pour être certain que t’as compris mais je suis de même, moi, je m’obstine à te faire confiance.

Allez, bonnes vacances. Gêne-toi pas pour me ramener un porte-clés.

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