Fâché noir contre tes conseils

Pour peu qu’on prenne le temps d’y réfléchir, beaucoup de problèmes en apparence complexes appellent une réponse toute simple, dictée par le gros bon sens. J’essaie: tu veux savoir le seul vrai bon truc pour avoir une peau d’apparence jeune? Être jeune. Si t’es vieux, arrête de capoter et passe à autre chose. Il est trop tard. Tu veux savoir le seul vrai bon truc pour avoir un visage resplendissant? Souris. Tu veux avoir le seul vrai bon truc pour maigrir? Cesse de bouffer des cochonneries, mange moins et fais plus d’exercices.
Mine de rien, on pourrait faire économiser à nos amis des centaines de dollars en crèmes qui ne servent à rien, en livres à propos de régimes miracles et en thérapie. Mais, voilà, le problème c’est que nos amis ne nous écoutent pas.

On a tous vécu ce genre de situation : vous connaissez une fille qui est dans une relation destructrice et, avant qu’il ne soit trop tard et que son copain la marie et l’emmène vivre à McMasterville pour lui faire un tas de bébés joufflus, vous vous risquez à intervenir en lui avouant ce que vous pensez de son moron: «Quitte-le! C’est un manipulateur, il est méchant et méprisant avec toi et il fait beaucoup trop cuire ses pâtes.» Vos commentaires ne reçoivent qu’un haussement d’épaules. En discutant avec son entourage, vous vous rendez compte que vous êtes la soixantième personne à donner ce conseil à votre amie. Vous tentez de la comprendre. Après tout, les ruptures, c’est comme la moussaka: il faut être prêt mentalement avant de s’y mettre, parce que c’est plus compliqué que ça en a l’air et, au final, il nous manque toujours l’ingrédient crucial pour que ça goûte bon.
Et puis elle vous arrive avec la nouvelle: «J’ai quitté Frankie. Mon psy m’a dit que c’était un manipulateur méchant et méprisant qui devait être le genre à trop faire cuire les pâtes. Je crois qu’il a raison.»
Vous êtes content parce que vous ne serez plus aux prises avec ce Frankie aux pâtes trop cuites mais, n’empêche, vous vous rendez compte que malgré les années d’amitié qui vous lient, et même si cette fille a été la première à jouer avec vous à «je te montre la mienne si tu me montres la tienne», votre avis ne sera jamais aussi judicieux que celui d’un professionnel. C’est triste à dire, mais votre mur de tablettes consacrées à votre collection de figurines de la Guerre des Étoiles n’est pas de taille à affronter le mur de diplômes d’un psy. (Et ce, même si vous possédez le modèle très rare du Jawa avec sa cape de plastique.)

Évidemment, puisque je passe de longues journées à réfléchir pour vous éviter d’avoir à le faire, j’ai trouvé une solution.
Précédez toujours vos conseils de cette introduction, un peu longuette, peut-être, mais qui saura mettre votre interlocuteur en confiance et donnera du poids à votre propos: «J’ai parlé de ton problème à Bradley Ferguson, un éminent psychologue de l’Université de Cambridge qui combine à la fois les plus récents développements en psychologie et la sagesse millénaire de la philosophie indienne dans l’exercice de son métier, et il te conseille de (ici, insérez un conseil au choix. «Cesser de te plaindre pour rien», «Te laver plus souvent», «Coucher avec moi», peu importe).

C’est le meilleur conseil que j’ai à vous donner. Mais je ne suis pas psy, alors ça vaut que ça vaut.