Fâché noir contre les sceptiques

L’autre jour, je recevais une bande d’amis à souper chez moi.  Au menu: grilled cheese et soupe en conserve. (Côté cuisine, je fais des bonds de géant.) Alors que je sortais mon premier grilled cheese tout chaud et tout craquant de la poêle, mes privilégiés convives et moi-même avons pu constater que le visage de Jésus apparaissait de façon très nette sur le pain grillé. Surprise, fascination, émoi. Évidemment, au diable les rotules, nous nous sommes jetés à genoux pour louanger Dieu. Il n’y a que notre ami Thomas (nom fictif) qui est resté assis, à nous regarder avec dédain, attendant que nos petits cris d’étonnement et nos prières approximatives s’épuisent pour nous lancer un: «Franchement. Capotez pas. C’est juste du calciné.»

Les sceptiques ont toujours la phrase qu’il faut pour ruiner l’ambiance.

Et, puisqu’on y est, aussi bien les accuser de tous des maux. Ce sont les sceptiques qui coûtent cher à la société; les autres guérissent très bien avec des placebos qui ne coûtent rien à produire. Les gens qui ont la foi ne se plaignent jamais de l’homéopathie, des colliers pur noisetier ou du fait que le chef de la secte voudrait coucher avec eux pour les aider à retrouver la pureté originelle.
Aussi, l’insécurité du sceptique face à son intelligence le pousse sans cesse à vouloir expliquer tout ce qui se passe. C’est lui qui vous a révélé que le Père Noël n’était nul autre que votre père déguisé. Par ce geste il voulait, par ordre d’importance: d’abord se rassurer lui-même, ensuite prouver qu’il est plus perspicace qu’un enfant de quatre ans et, finalement, gâcher votre plaisir.


Le sceptique est du genre à vous juger durement si vous avez le malheur de regarder une émission télévisée aussi divertissante que «Rencontres paranormales». Il accuse même les concepteurs de ce genre d’émissions de prendre le public pour des imbéciles. Je me demande pourtant lequel des deux met le plus en doute notre intelligence: le «médium» qui fait bouger une table avec ses mains, ou bien le sceptique qui débarque dans les bulletins de nouvelles pour nous révéler que ce n’est pas véritablement une manifestation de fantômes. Euh. Merci beaucoup, expert scientifique diplômé en apparitions surnaturelles et analyse de mouvements de table, mais je crois que tu t’excites pour pas grand-chose. Tu sais, quand Luc Langevin fait sortir six pandas vivants de sa bouche, on se doute bien qu’il y a un truc et qu’ils n’étaient pas cachés dans ses bajoues.

Allez, sceptique, on n’a rien contre le fait que tu nous aides à comprendre le monde et que tu le remettes sans cesse en question. C’est juste ton petit air condescendant qui n’est vraiment pas nécessaire.