Fâché noir contre les lectures d'été

Chaude journée de juillet. Je suis en congé et, de fort belle humeur, j’entre dans une librairie, à la fois pour m’abriter de l’orage, profiter de la climatisation et, pourquoi pas, acheter de la lecture d’été. Alors je flâne un peu, je tripote les livres en tenant mes coudes loin du corps pour tenter de me faire sécher les aisselles et, soudain, je m’arrête et je lève la tête, dignement, je me pince le menton pour mieux réfléchir, le regard qui pointe vers l’horizon et me demande: «Mais c’est quoi, au juste, de la lecture d’été?»

Posez la question et on vous répondra généralement «un roman léger où on ne se casse pas la tête». On vous citera en exemple les romans policiers ou ceux de Stephen King. Après tout, quoi de plus léger que des crimes sordides perpétrés par des tueurs en série, des invasions d’insectes géants par un soir de brume ou des clowns aux dents pointues qui dévorent des enfants?

D’autres vous répondront «moi, j’aime lire des briques» et vous conseilleront les romans de Stephen King. Vous savez de qui je veux parler? Insectes géants, clowns, petits enfants qui font «crouche crouche» sous les dents pointues, tout ça? D’autres encore ne jurent que par les «page turners», ces romans qui nous happent et qu’on dévore d’un trait. Un exemple? Euh. Stephen King. (Insectes, clowns, dents.)

Le mieux, peut-être, est de se fier à son intuition.

Orage terminé, retour du soleil, je prends donc un livre un peu au hasard, déterminé à me rendre au parc voisin le plus vite possible, avant que les vêtements des jolies filles qui se sont fait prendre par l’orage n’aient eu le temps de sécher. «Sex & Love Addicts», de l’écrivaine Espagnole Lucia Etxebarria. Prometteur.

Il n’y a que le titre qui m’a plu.

J’ai tenu bon du mieux que j’ai pu, je me suis accroché tel un cowboy sur un taureau aveuglé par la rage, mais c’était tellement mauvais que j’ai déclaré forfait après deux cents pages. Voici un extrait particulièrement merdique. (C’est une scène de sexe, à ce que j’ai cru comprendre.)

«… il s’avança tel le héraut avant la bataille, arborant sa certitude inquiète et dégainant son glaive oscillant, leurs lèvres se trouvèrent… [blablabla]… la forge lente et intime martela, martela la braise frémissante, la fleur s’ouvrit et se fit cascade, et la tour finit par s’abîmer dans la galerie saline, dans l’insatiable labyrinthe marin qui s’ouvrait entre ses jambes.»

On croirait entendre un forgeron vous raconter sa triste journée de travail. Le reste est tout aussi mièvre, un genre de roman Harlequin déguisé en littérature où l’auteure tente en vain de démêler pour nous les liens familiaux entre les personnages. Pas facile, d’autant plus que le père de l’un couche avec la sœur de l’autre et que le beau-frère de l’autre couche avec la demi-sœur du père, qui est aussi l’oncle du père avec qui la sœur de l’autre a déjà couché.
À choisir entre les deux, un guide d’entretien de filtreur pour piscine vous semblera moins compliqué et vous procurera plus de plaisir, en plus d’être une lecture de saison.

Vivement l’automne.

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