Fâché noir contre les campagnes anti-tabac

Si vous étiez un ado, souhaiteriez-vous ressembler à Joël Legendre ou Mireille Deyglun? Moi non plus.

Qu’ont en commun Joël Legendre, Jean Airoldi, Mireille Deyglun et Dominique Bertrand? Vous n’êtes même pas obligés d’y réfléchir, je vous donne tout de suite la réponse: ils ont tous participé à la campagne antitabac la plus ratée de l’histoire. Pendant qu’à l’écran ils font la morale à une de leur connaissance, le reste du monde se demande pourquoi ces gens les regardent droit dans les yeux puisque ce n’est pas à eux qu’ils s’adressent. Et tous les jeunes frémissent d’horreur. C’est qui, lui? C’est qui, elle? Qu’est-ce qu’ils me veulent?

Si j’étais un ado, je commencerais à fumer là, tout de suite. J’irais au dépanneur et j’achèterais trois paquets, peu importe la marque, et j’irais m’installer dans un parc pour fumer jusqu’à m’en vomir les bronches. Si vous étiez un ado, souhaiteriez-vous ressembler à Joël ou Mireille? Moi non plus. Ils ont l’air bien gentils et tout, hein, comprenez-moi bien. Ils sont même les archétypes du beau, du propre et du gentil. Et ils ont sans doute de bonnes raisons toutes personnelles d’être là. Mais quand on est jeune, on veut être cool et rebelles. Si vous trouvez Joël Legendre cool et rebelle, j’ai l’impression que votre adolescence est déjà loin. (Désolé de vous l’apprendre.)

Souhaitons que les créateurs qui ont pondu le concept veuillent se rattraper et enlever aux jeunes cette soudaine envie de fumer. Je leur suggère, pour leur prochaine campagne, de montrer des quadragénaires en train de s’en allumer une au son d’une musique rétro reprise par Sylvain Cossette. Je vous garantis que les ados n’auront même pas besoin de timbres de nicotine pour écraser.

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Le conseil québécois sur le tabac et la santé a récemment décerné son prix «cendrier» au film Les amours imaginaires parce qu’on y valorise le tabac. Houlala. Il est vraiment machiavélique, ce Xavier Dolan. C’est de mieux en mieux, non? D’abord, une campagne de pub ratée, ensuite des prix «cendrier» attribués par le conseil machin. Ne manque plus que le clergé reprenne du service pour mettre les films à l’index. Je vais l’écrire en majuscules, pour que tout le monde puisse bien voir: LES ARTISTES NE SONT PAS LÀ POUR DONNER LE BON EXEMPLE. Les artistes décrivent le monde dans lequel ils vivent. Un monde où les gens fument, boivent, tuent et ne mettent pas toujours le carton au recyclage. Ils ne sont pas là pour suggérer au peuple de cesser de fumer, de porter le condom ou de suivre le guide alimentaire canadien. Les artistes ne sont pas des curés et ne sont pas des gardiens de la morale.

Si un adolescent décide de fumer parce qu’il a vu un personnage dans un film le faire, n’accusez pas le cinéaste. Quel être humain sur cette planète ne sait pas que la cigarette est nocive pour la santé? Les parents, les enseignants et les gouvernements ont-ils échoué dans l’éducation des jeunes au point de s’en remettre aux œuvres de fiction pour tenter de leur expliquer ce qui est bien et ce qui est mal? J’espère que non.

Notez tout de même que si vous m’offrez un bon montant, ça me fera plaisir de faire un placement peu subtil de votre produit antitabac dans ma prochaine chronique.