Fâché Noir contre les cafés

(Getty Images)Je connais beaucoup de filles dont le rêve est de s’ouvrir un beau petit café sympathique. Elles partagent toutes le point commun de ne jamais avoir travaillé dans un commerce. Leur rêve serait vite mis en pièces, une fois confronté aux exigences du métier : servir chaque matin des travailleurs pressés, exigeants et impolis qui perdent la tête lorsque les muffins triple chocolat sont tous vendus et qu’ils doivent se replier sur ceux aux canneberges.

Les commis dans les cafés, aussi appelés « baristas » quand le gérant veut les faire sentir importants sans augmenter leurs salaires, sont généralement aussi pâles et amers qu’un Robusta italien bon marché. Leur rêve ne semble pas du tout être de s’ouvrir un beau petit café sympathique, mais bien de cracher dans votre tasse.


Comme eux, je n’aime pas beaucoup ces endroits.

Rien que le nom, déjà, m’énerve. « On va déjeuner au restaurant », ça se dit bien. « On va magasiner et perdre l’envie de vivre au Dix30 », ça se dit bien aussi. Mais « on va prendre un café au café », ça a l’air niaiseux. Ils ne pouvaient pas trouver un nom différent pour l’item qu’ils vendent et l’endroit où il est vendu ? Caférama ? Caféinodépot ? Mokathèque ? Forcez-vous un peu !

Lorsque je m’y rends, c’est habituellement pour jaser avec un ami que je n’ai pas vu depuis longtemps. Mais pas moyen de se raconter tranquillement nos derniers ennuis de santé sans avoir l’impression de déranger un travailleur autonome ou un étudiant penché sur son MacBook. Oh, attends, là, je te dérange pendant que t’écris, pauvre petit chou ? Je freine ton inspiration pour ton billet de blogue ? Je nuis à ta concentration pendant que t’espionnes ton ex sur Facebook ? Dis, t’as pas une maison, toi ? Il y aurait pas une chaise et une table, dedans ? Allez, file !

Mon problème c’est qu’il m’arrive parfois, entre deux rendez-vous, d’avoir à m’y rendre pour travailler. Je déteste avoir le rôle du travailleur autonome penché sur son MacBook.

Évidemment, j’ai jamais la table que je voulais. Je suis toujours assis dans le courant d’air de l’entrée ou trop près des toilettes. Une fois seulement, j’ai eu une bonne place. Du moins, je croyais qu’elle était bonne, jusqu’à ce que mon ordinateur m’informe que sa pile était faible. Il me manquait trois centimètres pour que le fil d’alimentation puisse atteindre la prise de courant et, encore, c’était en le faisant passer sur la table d’une voisine, entre sa soupe et sa corbeille de pain.

Le café est un diurétique. Dans des termes moins scientifiques : café = pipi toutes les dix minutes. Quand je vais aux toilettes, je fais quoi ? Pas question de laisser mon ordinateur sans surveillance. Je l’emporte. Mais qui ou quoi va me réserver ma place ? L’hiver, ça va, je laisse mon manteau. Mais l’été ? J’enlève mon chandail et je l’abandonne sur le dossier de ma chaise ? J’y laisse mes bermudas ? Un soulier ?
Une autre question que je me pose: y a-t-il un délai au-delà duquel c’est illégal d’étirer le même café ? Je vis l’angoisse de la dernière gorgée froide qui croupit au fond de ma tasse. Si je la bois, je devrai me mettre en file et commander un autre café. Si je la laisse là, je vais irriter le barista qui va trouver que je squatte l’endroit en consommant trop peu.

Et, dans les deux cas, ça lui donnera l’envie de cracher.

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