Fâché noir contre les blockbusters

J’attendais à la clinique pour une prise de sang quand j’ai vu l’affiche qui donnait quelques conseils pour se prémunir contre la chaleur accablante. Ça suggérait entre autres de passer au moins quelques heures à l’air conditionné et, si on n’avait pas ce petit luxe à la maison, d’aller flâner dans un endroit où il y en a: centre d’achat, cinéma, salon de toilettage pour animaux ou autre. Le cinéma aurait pu être une bonne idée mais, l’été, les choix de films sont plutôt restreints. Hollywood a des règles très strictes, toute la production saisonnière doit contenir au moins deux de ces éléments: superhéros / Américains courageux / douchebags / extraterrestres belliqueux / bandit raffiné / vampires / loups-garou / zombies / policiers corrompus / démolition de voitures / enfant en péril / fin du monde.

L’avantage, c’est qu’il vous suffit de choisir deux éléments qui vous plaisent et soyez assurés qu’un film à l’affiche y correspond. Par exemple, douchebag + démolition de voiture: Rapides et dangereux 8. Ajoutez «enfant en péril» et ça vous donne la filmographie complète de Jason Statham. Américain courageux + enfant en péril: n’importe quel film avec Liam Neeson. Superhéros + bandit raffiné: Batman. Loups-garou + fin du monde: Gerry.

Les combinaisons sont infinies mais le scénario est sensiblement toujours le même: explosion, bordel, péril, bataille, policier noir qui meurt lentement une heure avant sa retraite, bataille, fin heureuse mais quand même un peu tristounette (parce qu’un policier noir est mort une heure avant sa retraite).

Le commis au guichet vous demandera sûrement si vous désirez ajouter de l’animation ou du 3D à votre forfait. L’avantage du film d’animation c’est qu’il permet de voir des personnages avec des expressions faciales, ce que le cinéma tourné avec de vrais acteurs ne permet plus depuis l’invention du botox. Assurez-vous tout de même d’avoir une grande tolérance envers les animaux qui parlent, les jouets qui parlent ou les éponges qui parlent. (Tous avec des petites voix fatigantes.) L’avantage du 3D, c’est que, euh, non. Il n’y en a pas. Cette technologie est très coûteuse et oblige les cinéastes à épargner ailleurs, notamment en n’embauchant pas de scénaristes.

Les blockbusters sont des films censés divertir. Je sais qu’on doit les regarder sans trop se poser de questions mais, voilà, s’il y a des films qui me font me poser dix mille questions ce sont bien ceux-là. Pourquoi est-ce que Batman n’enfile pas des vêtements de gym pour courir, bondir et virevolter comme un dingue plutôt qu’un habit de cuir avec rien que deux minuscules trous pour les yeux? Il a pas chaud, là-dedans? Et ça lui arrive jamais d’avoir des brigands dans ses angles morts? La couturière des autres superhéros a-t-elle d’autres choix de tissu que du «stretché» rouge ou bleu? Pourquoi personne n’a son GPS ou son téléphone cellulaire quand c’est le temps d’appeler les flics? Est-ce qu’il reste des superhéros qui n’ont pas encore eu droit à leur film, à part le Capitaine Crounche et le Géant Vert?

Pour profiter de l’air conditionné, j’ai finalement opté pour le salon de toilettage, et je n’ai pas été déçu. Je suis sorti de là tout frais, tout pomponné, avec une jolie boucle dans les cheveux.