Fâché Noir contre la pensée positive

«Décidez de ce que vous voulez. Croyez que vous pouvez l’avoir, que vous le méritez. Visualisez chaque jour ce que vous voulez. Sentez-vous comme si vous l’aviez déjà. L’univers saura trouver comment vous le manifester. Bla bla bla…»

Rhonda Byrne – Le secret


L’autre jour je suis passé chez des amis, qui sont aussi mes voisins, alors qu’ils feuilletaient la revue Ricardo à la recherche d’un dessert à préparer. Ils sont tombés sur un gâteau au chocolat et glaçage au thé chai qui m’a fait saliver au point que même avec une bavette en plastique avec un petit rebord pour absorber le trop-plein attaché autour du cou, je me serais tout de même retrouvé avec les pantalons mouillés. Une fois mes vêtements sortis de la sécheuse, je suis retourné chez moi puis j’ai affiché une photocopie de la recette sur mon frigo à l’aide de quatre aimants en forme de lettres. (Les lettres M, I, A et W, respectivement. (Vous comprendrez que je ne voulais pas écrire MIAW mais bien MIAM et que, n’ayant qu’un seul M, j’ai eu l’idée géniale de faire pivoter un W à 180 degrés pour en former un deuxième. (Pour ceux qui ne comprennent pas tout à fait, écrivez-moi en privé, je vous ferai un dessin. (Parce que là, j’aimerais vraiment poursuivre cette chronique et c’est à peine si je me souviens de quoi elle parlait. (Ah oui, ça me revient.)))))

Le gâteau.

J’ai rêvé de ce gâteau toute la nuit. En me levant, je pouvais presque me l’imaginer, sur le comptoir, protégé par une magnifique cloche en cristal d’Arques transformant la lumière du matin en une myriade de scintillements magiques.

Mais rien n’avait bougé. Le gâteau n’était encore qu’une photocopie en noir et blanc affichée sur le frigo.

Je n’ai pas ménagé mes efforts pour que ce gâteau prenne forme dans la réalité: j’ai suivi tous les conseils trouvés dans la dizaine de livres de  «pensée positive» que j’ai consultés. Redondance oblige, ça se résume facilement en trois points:

1. J’ai visualisé le gâteau. (Jusqu’à ce que ça me fasse mal aux yeux et que j’en pleure.)
2. Je n’ai pas laissé d’images négatives se former dans mon esprit. (Exemples d’images négatives: moi qui tente de faire un gâteau qui dépasse mes compétences et qui le rate. Moi qui me brûle parce que mes mitaines de four sont de mauvaise qualité. Moi qui me rappelle que je n’ai même pas de cloche en cristal parce que l’idée de me risquer à faire un gâteau ne m’était encore jamais venue.)
3. J’ai ressenti d’avance la joie que j’aurais à dévorer le gâteau. (Ça m’a d’autant rempli de joie que mes pensées sont faibles en calories.)

J’ai tout fait ça mais la photocopie de la recette s’entêtait à me narguer, et toujours pas de gâteau chaud et moelleux sur le comptoir. Et puis, soudain, juste au moment où j’allais laisser tomber mes pensées positives pour courir m’acheter un Moist N' Delicious marbré de McCain au dépanneur, m’est arrivée aux narines une divine odeur de gâteau au chocolat et glaçage au thé chai. Mes amis d’à côté sont des gens formidables qui ne se contentent pas de «se sentir comme s’ils l’avaient déjà»; ils lisent la recette, achètent les ingrédients requis et cuisinent en suivant les directives.

La morale de cette histoire: quand vous désirez ardemment quelque chose, ne vous contentez pas d’en rêver. Passez chez vos amis pour voir s’ils ne vous en donneraient pas un morceau.