Fâché Noir contre la météo

À une époque pas si lointaine, beaucoup de méthodes s’offraient à nous pour savoir le temps qu’il faisait:

1. Observer une grenouille sur une petite échelle dans un bocal. Si elle grimpe dans l’échelle pour se dorer la couenne, il fera beau. Si elle se terre au fond du bocal et y va de petits coassements nostalgiques, possibilité de pluie.

2. Appeler grand-papa et lui demander comment va son rhumatisme dans les genoux. Si ça plie, il fera beau. Si ça grince, possibilité de pluie.

3. Analyser l’indice grichou de nos cheveux. Peu grichous: il fera beau. Très grichous: possibilité de pluie et d’abus de mousse coiffante.

4. S’en remettre aux dictons. «Le trois fait le mois», «Noël au balcon, Pâques au tison» ou autres théories qui sonnent bien à cause de la rime mais dont la justesse est aussi discutable qu’un quatrain de Nostradamus.

N’empêche qu’en ces temps-là, la vie était simple. On savourait le moment présent, sans trop s’inquiéter du temps qu’il fera.

Maintenant, plus personne ne met le nez dehors sans d’abord consulter la météo. Et la technologie ne cesse de se perfectionner. Chez Environnement Canada, plus besoin de planter un météorologue sur un terrain vague et de lui demander de se lécher un doigt et de le mettre en l’air pour s’avoir s’il vente. Les radars et les satellites ont remplacé les grenouilles et les grands-pères.

Le problème, c’est que plus c’est précis, plus c’est compliqué.

Avant, il faisait -5 ou il ne faisait pas -5. Maintenant, il faut tenir compte de l’indice humidex, du facteur vent, de la pression atmosphérique et de l’altitude du plafond nuageux. Toutes ces données combinées nous donnent la «température ressentie». Bien franchement, je ne comprends même pas pourquoi on nous parle encore de la température de base. Quand j’ai à sortir, c’est surtout ce que je vais ressentir qui m’intéresse. Si c’est un -5 qui s’avère être un vrai -5, ça va. Mais si c’est un petit maudit -5 sournois qui se transforme en -35 à la moindre bourrasque de vent, j’aime pouvoir m’y préparer mentalement.

Je suis accro aux bulletins de météo. Même si je n’y comprends rien, j’adore les cartes du Canada avec des couleurs, des flèches et des lettres qui défilent et s’agitent dans tous les sens. Et j’admire les météorologues qui s’accrochent bravement à leur parapluie, sous les intempéries, et qui n’hésitent pas à se jeter dans l’œil d’une tornade pour nous faire vivre la météo comme si on y était.
Sauf que je n’y suis pas. Je préfère regarder les intempéries de loin, blotti dans une couverture Snuggie™ bien moelleuse. Je ne m’en cache pas: je suis douillet au point où, si j’avais été un Viking, j’aurais renoncé à envahir la Normandie si on y annonçait un 40% de probabilité d’averse en fin de journée.

Conquérir de nouveaux territoires, je n’ai rien contre, mais jamais avec les cheveux grichous.