Fâché noir contre la fin du monde

Peut-être ne le saviez-vous pas mais, samedi dernier, c’était la fin du monde. Je précise tout de suite que ça n’a pas eu lieu, finalement, pour ceux qui seraient tentés de paniquer. Ne vous donnez pas cette peine.

S’il y a quelque chose qui ne cesse de me décevoir, c’est bien l’apocalypse. On nous l’annonce au moins une fois par année, on nous promet chaque fois des tremblements de terre, des villes détruites par le feu, des anges qui jouent du vuvuzuela, de la pyrotechnie de haut niveau et puis, le jour venu, il ne se passe rien. À peine un peu de pluie, et quelques nuits inhabituellement fraîches pour un mois de mai. C’est comme se faire promettre un spectacle de U2 et de se retrouver avec Dany Bédar en prestation acoustique.

Vous me direz que celui qui a fait cette prédiction s’appelle Harold Camping et qu’il ne faudrait pas faire trop confiance à des gens avec un nom pareil mais bon, je suis comme ça, moi, j’ai confiance en l’être humain. Quand quelqu’un m’annonce que c’est la fin du monde, je me dis qu’il a sûrement vérifié ses calculs deux et trois fois, et qu’il sait de quoi il parle. Alors je m’habille en conséquence et je garde ma trousse d’apocalypse pas loin de la porte.

Peut-être me trouvez-vous bizarre mais, s’il faut mourir un jour, je trouve que la fin du monde est un moyen plutôt sympathique.

Je me rappelle qu’à l’école, après avoir échoué à un examen, j’avais toujours très hâte de savoir lesquels de mes amis se retrouvaient dans la même situation. Je me sentais moins seul et ça rendait l’échec plus facilement supportable. C’est ce qui m’attire dans l’idée d’une apocalypse : ne pas vivre la mort tout seul, dans son coin. Avoir des gens avec qui commenter l’expérience.

Et puis la fin du monde ne fait aucune discrimination ; riche ou pauvre, religieux ou pas, tout le monde y passe. Dans cette ère d’individualisme, un projet commun, même si c’est l’apocalypse, ça reste un projet commun. Et alors que ça prend beaucoup d’organisation et d’énergie pour mobiliser des gens autour d’une cause, ici, tout se fait pratiquement tout seul. Et ça vous sort assez vite de la routine. C’est quand la dernière fois que vous vous êtes retrouvé à courir en hurlant dans les rues pendant que les vitrines explosaient autour de vous ? Si vous attendez que le Canadien remporte une coupe Stanley pour le faire, vous risquez d’attendre longtemps. Si j’étais vous, je miserais plutôt sur l’apocalypse.

Pour la suite, j’accorde toute ma confiance aux Mayas, qui prévoient la fin pour 2012. On dit d’ailleurs que c’était une civilisation très développée sur bien des aspects, et particulièrement en astronomie. Moi, des gens qui faisaient des sacrifices humains pour apaiser la colère des dieux, ça me met tout de suite en confiance.

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