Fâché Noir contre l’abondance de choix

(Photo : Getty Images)Le choix, c’est la liberté. Et la liberté, j’aime ça.

Sauf quand je suis pressé.

Je rentre à la pharmacie et j’ai trois petites choses à acheter : dentifrice, déodorant, shampoing. « J’en ai pour deux minutes », me dis-je naïvement. Je consacre ces deux minutes à trouver le rayon des dentifrices, qui a encore changé d’endroit. Je ramasse en vitesse ma marque habituelle et, soudain, j’ai un doute. Je l’aime bien, oui, mais est-ce qu’une autre saveur ne serait pas meilleure ? Et c’est quoi la différence entre menthe glacée, menthe glaciale et menthe glaciaire ? Je prends de la pâte ? Du gel ? Un heureux mélange des deux ? Je sais bien que celle que j’ai entre les mains combat la carie, mais ne devrais-je pas en profiter aussi pour combattre le tartre ? Me blanchir mes dents ? En renforcer l’émail ? Me rafraîchir l’haleine ? Et, d’abord, ce ne sont pas tous les dentifrices qui rafraîchissent l’haleine ?

Quinze minutes plus tard, j’arrive exténué au rayon des déodorants. Celui que j’achète habituellement n’y est pas, alors je m’applique à ouvrir tous les autres pour les renifler parce que, comme tout le monde, j’ignore ce que ça peut bien sentir, un foutu « torrent de fraîcheur » ou un « glacier sauvage ». Je me décide pour celui dont le parfum me donne le moins mal à la tête.
Trop fatigué pour prendre le temps de comprendre quelle est la différence entre un déodorant et un désodorisant, je file dans le rayon des shampoings où je rattrape un peu de mon temps perdu en ramassant le premier truc qui me tombe sous la main. (Ce n’est qu’une fois rendu chez moi que je me rendrai compte que c’est du conditionneur.)

Je passe au club vidéo pour me choisir un film. Les clients m’inquiètent ; à voir leurs regards vitreux, je comprends qu’ils sont là depuis des heures, à passer et repasser devant les mêmes titres sans rien trouver. Ici, le problème n’est pas qu’il y a trop de choix, c’est qu’il y a trop de mauvais choix. J’apprends que le film que je voulais voir ne sera en location qu’une semaine plus tard, alors je fais comme tout le monde : j’en loue un qui me tente plus ou moins et qui, sans doute, sera plus ou moins bon. Depuis l’arrivée du club vidéo, l’industrie du film plus ou moins bon est florissante.

Le problème d’avoir trop de choix, c’est qu’on finit toujours par se demander si on a fait le bon. On se dit que si on avait pris notre temps on aurait peut-être trouvé mieux et on vit avec un éternel sentiment d’insatisfaction. Il est même prouvé que l’abondance de choix mène certaines personnes à la dépression.

Vous voulez un café chez Starbucks, oui, mais lequel ? Sur la page Facebook de la compagnie, ils se vantent d’avoir quatre-vingt-sept mille combinaisons possibles. Vous rêvez de les essayer toutes ? Oubliez ça. Au rythme d’un café par jour, ça vous prendrait deux cent trente-neuf ans. C’est sans doute pour cette raison qu’il existe sur Internet des guides pratiques pour vous aider à faire un choix. Évitez d’arriver au café indécis et mal préparé. Parce que perdre son sang froid devant tout ce choix et tomber subitement en dépression au comptoir de commande pendant que d’autres clients attendent derrière vous, c’est plutôt malpoli. Quand vient le temps de péter votre coche, vous pouvez sûrement trouver un meilleur endroit. C’est pas le choix qui manque.