Fâché noir contre être assis

Embonpoint, diabète, maladies du cœur, la liste des problèmes associés à un mode de vie sédentaire est aussi longue que celle de mes défauts. Les spécialistes l’affirment, courir en zigzag sur l’autoroute serait pratiquement moins dangereux qu’être assis devant la télé.
Rimbaud n’aurait pu expliquer de façon plus claire ce que vous deviendrez si vous ne bougez pas assez, dans son poème judicieusement nommé «Les assis»:

«Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs, le sinciput plaqué de hargnosités vagues comme les floraisons lépreuses des vieux murs»

C’est clair, non?

Ça m’amène à vous parler du «principe de la charcuterie saine». (Ne cherchez pas inutilement sur Internet, je viens tout juste de l’inventer. Qu’est-ce que je ferais pas pour vous.)
Offrez un plein plateau de fromages et de charcuteries à vos amis et dites-leur que ça provient de l’épicerie: ils feront la grimace et diront que c’est trop gras, trop salé, mauvais pour la santé et vous reprocheront votre manque de goût et de jugement. Dites-leur que vous avez acheté tout ça dans une petite fromagerie et une boucherie du marché Jean-Talon, ils se rouleront la face dedans jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus et lécheront le fond de l’assiette en vantant leur mode de vie sain.
Tout ça est une question de perception. Alors, tant qu’à accuser la position assise de tous les maux, allons-y franchement: voici une liste d’activités qu’on devrait proscrire pour le maintien d’une bonne santé:

Être assis et lire un livre. Être assis dans un centre d’appels et travailler pour un salaire minable. Être assis et signer de gros chèques pour des organismes d’aide humanitaire. Être assis et chercher des solutions pour contrer la famine, le cancer et les douchebags. Être assis et assister à une pièce de Robert Lepage inspirée du théâtre traditionnel japonais, d’une durée de quatorze heures (sans entracte). Être assis et ……………… (Bon, allez, vous pouvez remplir le blanc, je crois que vous avez saisi le principe.)

Si vous êtes au bureau et que vous lisez cette chronique, bien calés dans votre chaise ergonomique, cessez tout de suite cette activité malsaine. Levez-vous, criez haut et fort «Assis, c’est fini!», détruisez votre chaise en poussant de grands cris libérateurs et partez en courant sans vous retourner. Votre employeur comprendra. Probablement.