Fâché noir - hommage aux crétins

Nous avons connu l’internet à ses tout débuts, à l’époque où consommer de la pornographie consistait à fixer un visage concupiscent et une paire de seins en attendant que le reste de la photo termine de s’afficher, à l’époque où télécharger illégalement une chanson pour voler son créateur prenait une trentaine de minutes. Un monde s’ouvrait à nous sur d’énormes moniteurs beiges, 56k à la fois, et ce monde était gratuit et plein de promesses. Quelques années plus tard, on se contente de naviguer sur Facebook, Wikipédia et quelques sites d’information, le reste du temps passé sur le web étant consacré à YouTube et autres sites mettant le crétin à l’honneur.
Internet, c’est un quart d’information douteuse, un quart de pénis et de vagins en gros plan, un quart de bébés chats qui font des trucs mignons et un quart de bêtise humaine dans toute sa magnificence.


Mais qu’est-ce qu’un crétin, me direz-vous, soudainement inquiet, avide d’avoir mon opinion sur la vie et les choses. Ne sommes-nous pas tous le crétin de quelqu’un d’autre ? Le chroniqueur que vous lisez en ce moment, par exemple, se fait traiter de crétin chaque semaine par d’irréprochables lecteurs à l’esprit critique acéré. Être crétin ou pas dépend du point de vue de chacun, certes, mais il y a bien quelques critères qui vous mettent irrémédiablement dans cette catégorie, comme faire du «surf» sur une voiture en marche, descendre un escalier assis dans un panier d’épicerie ou faire une présentation sur le maniement sécuritaire des armes à feu et se tirer dans le pied.
Nous vivons dans un monde où il faut être parfait. Être un bon travailleur, un bon amoureux, un bon cuisinier, un parent infaillible, alors voir un Père Noël un peu pompette terrifier des enfants en déboulant un escalier est réjouissant mais aussi rassurant. On sait alors qu’il y a pire que nous.

Un crétin qui me fascine, et qui a pris de la vigueur depuis l’arrivée d’internet, c’est le fraudeur poche. Celui qui vous envoie un courriel au nom de votre banque et dont l’adresse d’envoi est un truc du genre Jojo454@banqeroyalle. Un exemple, pigé au hasard dans ma boîte de pourriels :

Bonjour clients de visa carte,

Votre carte bancaire est suspendue, parce que nous avons rencontre un probleme sur votre diagramme.. Nous avons determine qu'une personne doit peut-être utilisé votre diagramme sans votre autorisation. Pour votre protection, nous avons suspendu votre compte bancaire a travers votre carte de credit. Pour soulever cette suspension, cliquer ici et suivre le procede indique pour mettre a jour votre compte par la carte de credit.
 
Note : Si ce n'est pas accomplit, nous serons contraints de suspendre votre diagramme indefiniment, parce qu'elle peut etre utilise pour frauduleux.
 
Merci,
Service à la clientele de soutien.

Ça donne vraiment envie de lui donner toutes nos informations confidentielles sans méfiance parce que, hein, ho, personne n’aime que sa visa carte soit utilisée pour frauduleux. J’imagine qu’à la belle époque du courrier postal, ce débile était du genre à vous écrire une lettre officielle de votre banque écrite au feutre rouge sur une napkin froissée en vous suggérant de retirer tout votre argent de votre compte pour le déposer derrière un bosquet dans un parc à 22h précises et de laisser un commis bancaire cagoulé s’occuper du reste.
Évidemment, si vous vous faites frauder par un pareil amateur, ça pourrait aussi faire de vous un crétin.  Mais ce n’est pas un défaut, rassurez-vous. Le crétin, c’est le sel de la vie. N’oubliez pas de filmer l’événement.