Vers l’âge de deux ans et demi, l’enfant teste les limites des autres jusqu’à l’extrême. (Getty Images)Vers l’âge de deux ans et demi, l’enfant passe ses journées à dire «non», défie les consignes, brave les interdits, s’entête, s’amuse à transformer une activité qui devrait durer 30 secondes en une épopée de 45 minutes, teste les limites des autres jusqu’à l’extrême… En quelques semaines, notre gentil bambin se métamorphose en un être caractériel qu’on a peine à reconnaître. Cette période peut être fort désagréable, car il n’est pas facile de constater que notre enfant est continuellement en désaccord avec nous, alors qu’il était docile auparavant. Pour traverser cette période difficile, il est important d’en comprendre les enjeux.

Une phase normale du développement


Dans son développement, l’enfant traverse une phase normale appelée «phase du non». En général, elle commence vers 18 mois et peut se prolonger jusqu’à l’âge de trois ans. Rappelons qu’à sa naissance, le nourrisson entretient une relation fusionnelle avec sa mère. Puis, l’enfant prend conscience qu’il peut exister par lui-même et avoir sa propre volonté: c’est ce qu’on appelle la naissance psychologique. Le processus d’individualisation dans lequel il est désormais engagé le pousse à vouloir s’affirmer. Cette étape, importante pour la construction psychique du tout-petit, lui permet d’exprimer ses désirs, puisqu’il se perçoit dorénavant comme un individu à part entière, capable de penser. Comme l’enfant comprend que sa volonté peut être différente de la nôtre, la «phase du non» lui permet de faire un premier pas vers l’autonomie. Enfin, l’opposition lui sert à voir jusqu’où il peut aller, à intégrer la notion de limite.

7 principes éducatifs à adopter


La phase d’opposition s’accompagne souvent de crises chez l’enfant. Il faut savoir que celles-ci lui permettent d’évacuer une émotion négative liée à un désir non comblé. Puisqu’elle lui permet d’apprendre à reconnaître le pouvoir qu’il peut avoir sur sa vie, il faut soutenir l’enfant durant cette période, ce qui exige patience, flexibilité et humour.

1| Établir des règles claires et poser des limites.
On doit toutefois différencier les interdits absolus de ce qui peut faire l’objet de concessions. Dans le premier cas, on ne doit jamais céder, car ce sont des limites à ne pas dépasser (par exemple, ne pas frapper ni mordre). Dans le second cas, une négociation peut avoir lieu dans certaines circonstances bien établies. Au besoin, on peut dresser une liste de règles avec l’autre parent, lorsque l’enfant n’est pas présent. Il est important que les deux parents s’entendent afin d’éviter que le petit soit confus.

2| Laisser l’enfant faire sa crise jusqu’à la fin, sans intervenir.
Un acteur sans public, ça s’épuise vite! Plus l’enfant est laissé à lui-même lors de ses crises, plus la durée de celles-ci ira en diminuant. Une fois que la crise est commencée, on s’assure que les lieux sont sécuritaires, mais on n’essaie pas de raisonner l’enfant. Chaque fois qu’on lui adresse la parole en lui demandant s’il a terminé, on prolonge la crise en lui donnant de l’attention négative.

3| Renoncer à l’envie de le sermonner ou de le punir.

Quand l’enfant revient vers nous en disant qu’il a terminé, on le prend dans nos bras pour lui montrer qu’on l’aime malgré son comportement. Après une crise, une punition a pour seul effet de susciter le sentiment d’être incompris chez le petit.

4| Entendre le désir de l’enfant.
S’il veut de la crème glacée, on lui précise le moment où il pourra combler ce désir: «On va dîner et, après, tu pourras avoir de la crème glacée. Là, je te propose une banane ou du fromage.» Il se peut que l’enfant fasse une crise malgré tout. Si tel est le cas, on lui dit: «Je vois que tu es en colère. Quand tu auras fini ta crise, tu pourras venir me voir.» Puis, on continue de vaquer à ses occupations. De cette façon, les crises cesseront graduellement.

5| Lui expliquer calmement ce qui se passe.
On lui parle de l’expression de son désir, du refus qui l’a mis très en colère, de la difficulté qu’il a à accepter les limites imposées… jusqu’à ce qu’il ait compris. On lui parle en se mettant à son niveau et en le regardant dans les yeux pour qu’il se sente respecté. C’est à nous de lui montrer avec tendresse comment gérer sa colère (car son système nerveux est encore immature) et exprimer ses sentiments avec respect.

6| Lui offrir au moins deux choix, quand c’est possible.
Au moment de l’habillage, par exemple, on peut lui proposer deux ensembles qu’on aura préparés au préalable, de façon à ne pas toujours lui imposer nos goûts. N’oublions pas que l’enfant se débat avec des envies contradictoires difficiles à gérer: devenir grand et faire les choses tout seul, ou rester petit et être protégé. Et comme il ne sait pas encore s’exprimer comme il le voudrait, cela donne lieu à des scènes.

7| Le laisser faire des choses seul.

Si l’on permet à l’enfant de prendre progressivement des initiatives, il sera fier de lui, et son sentiment d’indépendance grandira,  petit à petit.


POUR EN SAVOIR PLUS : Au cœur des émotions de l'enfant, par Isabelle Filliozat, Éditions Marabout, 2006.