Comment fixer l’heure de rentrée

Nous avons tous, un jour, supplié nos parents de nous laisser rentrer plus tard que d’habitude. Et, devant leur refus, nous nous sommes juré que nos enfants ne subiraient pas le même sort. Mais voilà que c’est à notre tour de nous poser la question: comment contrôler les allées et venues de nos ados sans nous les mettre à dos?

Comment fixer le couvre feu ?À quel âge puis-je commencer à laisser mon enfant sortir le soir avec des amis? À quelle heure dois-je lui demander de rentrer? Où puis-je le laisser aller et avec qui? Suis-je trop sévère ou trop permissive? Les interrogations se multiplient dans notre tête, et les réponses ne sont pas évidentes. En fait, elles peuvent varier d’une famille à l’autre, d’un enfant à l’autre. Les limites que nous fixerons à notre adolescent dépendent de nos valeurs, de son âge et de sa personnalité (peut-on lui faire confiance?), du lieu où il souhaite se rendre, des amis qui l’accompagnent, etc. Ce n’est pas parce que nos enfants sont devenus grands et se croient invincibles qu’il faut cesser de les encadrer et de leur imposer des limites. Au contraire! Mais il faut s’y prendre de telle sorte que le passage à la vie adulte se fasse harmonieusement.

Claude Roy, travailleur social et directeur de l’organisme Éducation-coup-de-fil, souligne: «Si nous n’avons jamais encadré nos enfants et qu’ils grandissent dans un environnement libre de toute contrainte, nous risquons d’avoir des problèmes lorsque viendra le moment de leur imposer une heure de retour à la maison.» Quand ils ont appris jeunes à respecter des limites, il est plus facile de leur faire confiance et de négocier avec eux lorsqu’ils réclament plus d’autonomie.

Négocier plutôt qu’imposer

Imposer une heure de rentrée sans en discuter ouvertement avec notre enfant, c’est ouvrir la porte au conflit, croit Claude Roy. «Lorsque nous devenons trop directifs avec un adolescent, il risque de se braquer», dit-il. Il suggère plutôt de donner la chance au jeune de participer à la discussion, ce qui contribuera à le responsabiliser. Par exemple, un parent peut interdire à son enfant les sorties avec des amis les soirs de semaine, parce qu’il y a école le lendemain, mais négocier avec lui les heures de retour à la maison la fin de semaine et les jours de congé. Il a cependant toujours le dernier mot si les heures suggérées lui semblent déraisonnables.

Il est évident que l’enfant de 13 ans ne rentrera pas à la même heure que celui de 16 ans. Mais on peut être plus permissif si on développe une relation de respect et de confiance avec son enfant et si on sait que, là où il se rend, il sera en sécurité et bien encadré. Dans le cas contraire, de même que si on désapprouve son choix d’amis, on sera évidemment plus restrictif. «Il faut amener notre enfant à comprendre qu’il sera plus facile pour lui d’obtenir des permissions s’il arrive à gagner notre confiance», souligne Doris Mailhot, intervenante à Éducation-coup-de-fil.

Lorsque les voisins sont plus permissifs

Il y a toujours quelque part autour de nous un parent plus cool et tellement plus compréhensif que nous le sommes! Faut-il remettre en question nos valeurs pour autant? «Bien sûr que non! répond Mme Mailhot. Il faut être solide et constant.» De nos jours, plusieurs parents démissionnent: ils ont trop de travail, trop de soucis et pas assez d’énergie pour continuer d’encadrer leurs adolescents. Si nos décisions nous semblent raisonnables, il faut nous faire confiance et nous en tenir aux règles que nous avons fixées pour le bien de notre enfant. «L’adolescent est sûrement la personne la plus déçue et la plus surprise de voir que ses parents n’ont pas d’exigences envers lui. Bien plus, certains adolescents nous ont confié leur désarroi devant le fait que leurs parents ne mettaient pas à exécution ce qu’ils leur avaient pourtant annoncé avec force et détermination», écrit Michel Delagrave dans son livre Ados: mode d’emploi.

LORSQU’ILS NE RESPECTENT PAS LES RÈGLES...

Notre ado ne respecte pas l’heure de rentrée qu’on a négociée avec lui? Peu importe la raison, il y a bris de contrat, et il doit en assumer les conséquences! Celles-ci peuvent avoir été déterminées à l’avance avec lui. Si ce n’est pas le cas, nous pouvons prendre un temps de réflexion pour trouver la mesure la plus pertinente ou demander à notre jeune de nous en suggérer une. Par exemple, on peut devancer l’heure de rentrée de la prochaine sortie. S’il s’entête, on peut, selon la gravité du cas, le priver de sortie pour un soir, pour une fin de semaine ou même pour une semaine. L’important, c’est que la conséquence ne soit pas démesurée et qu’elle corresponde au geste posé.
«Parfois l’indifférence peut faire plus mal que n’importe quelle autre conséquence, rappelle Claude Roy. Les adolescents ont besoin de s’opposer pour grandir. Les accueillir avec calme au milieu de la nuit plutôt qu’avec la colère et la frustration habituelles peut les déstabiliser et leur permettre de réfléchir à leur comportement.»

Selon M. Roy, l’affrontement ne donne pas toujours les meilleurs résultats. Avec un peu de recul, nous sommes en mesure d’exprimer plus calmement ce que nous ressentons. Faire part de notre inquiétude, de notre besoin d’être rassurés, c’est lui donner l’occasion de voir les règles qui lui sont imposées sous un autre jour. Nous pouvons ensuite lui demander ce qu’il croit pouvoir faire pour régler le problème.
Si les conflits persistent malgré tout, on peut se consoler en se disant qu’un jour ou l’autre nos enfants vivront à leur tour l’inquiétude de ne pas voir rentrer un proche. Alors, ils comprendront les raisons qui nous motivaient à leur imposer des limites.

Pour obtenir des conseils de spécialistes sur l’éducation des enfants
Éducation-coup-de-fil: 514 525-2573 ou 1866 329-4223 (sans frais) | www.education-coup-de-fil.com
Pour aller plus loin | Ados: mode d’emploi, Michel Delagrave, Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine.