Chronique avec bénéfices: les pieux mensonges

Toute vérité n’est pas bonne à dire, et du coup, tout le monde ment. Et une chance, parce que ça pourrait être laid.

Parlant de «laid», combien de fois s’est-on surpris à dire «C’est don’ ben un beau bébé, ça!» à des nouveaux parents? Pourtant, on va se l’avouer,  un bébé naissant, ce n’est pas plaisant à regarder. Soyons honnêtes. J’imagine qu’il faut que ce soit le tien pour entr’apercevoir de la beauté là-dedans. C’est magané par défaut. Ça n’a pas pris ses formes. C’est tout poqué, tout mou. Ça ne se place pas avant 2-3 ans. (Quand ça se place…)

Nous commettons tous le crime du mensonge pieux. On a même des complices.

Dans les partys de Noël: «Certain que c’est un beau cadeau, grand-maman! Il m’en manquait, des bas blancs, justement.» Et voilà! Un petit mensonge inoffensif. Tout le monde autour sait que tu mens à ta propre grand-mère devant tout le monde, mais c’est inoffensif et ça évite le malaise. (Et votre mère-grand n’excède pas son budget de 16 $ pour 12 petits enfants.)

Dans tous les magazines féminins, c’est fou le nombre de fois où l’on recommande aux filles de mentir. «Faites semblant de vous intéresser à ses passions. Faites semblant que vous trouvez ses vêtements jolis. Faites semblant qu’il est un bon amant. Il va se sentir mieux dans sa peau…»

Sauf s’il lit votre revue.

Et c’est la même chose lorsqu’on s’adresse aux hommes. «Si t’abordes une fille dans un bar, évite de lui parler de ses seins en partant. Fais semblant que t’es là parce qu’elle a l’air d’être intelligente.» Et les femmes s’attendent à ce genre de mensonges-là.

Quand une femme dit «Ah, il sait parler aux femmes.», ce qu’elle veut dire en fait, c’est «Ah, il sait mentir aux femmes.» Un beau parleur, c’est un beau menteur. Quelqu’un qui a le mensonge agréable.

Après tout, pourquoi se donner le trouble d’être honnête quand quelques petits mensonges peuvent lubrifier la relation? Peut-être que le mensonge n’est pas aussi mauvais qu’on nous l’apprend lorsqu’on est jeune. D’ailleurs, à partir de quand un mensonge pieux cesse d’être pieux?

Une fille qui en met un peu plus lors de ses ébats amoureux? Une fille qui ajoute un orgasme où il n’y en avait pas? Comment fait-on pour tracer la ligne? Chose sûre, quand la fille commence à crier le nom du mauvais gars, elle est mieux d’être imaginative (et convaincante).

En fait, la différence se fait surtout dans l’intention. La piété du mensonge prend le bord du moment où tu t’aides surtout toi-même. Quand tu dis à la fille de trois heures du matin qu’elle est la plus belle parce que tu commences à être désespéré. Quand tu feins d’aimer quelqu’un afin de séparer les coûts du loyer. Quand tu fais semblant d’apprécier les cadeaux de ta grand-maman, seulement pour garder ta place sur son testament.