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Un cimetière de bébés

(Getty Images)L’hôpital Maisonneuve-Rosemont a inauguré mercredi un cimetière pour ses « petits anges », tous ces bébés morts à la naissance ou in utero. Dimanche, une première cérémonie sera célébrée pour les parents en deuil. « J’ai déjà entendu quelqu’un dire : ‘il faut parler de nos bébés parce que si non, on a l’impression qu’on les fait mourir une deuxième fois’. C’est tout à fait vrai » dit Marie-Pierre Dubé qui a perdu sa petite princesse Kethsana à 39 semaines de grossesse. 

Déjà, une vingtaine de petites tombes sont enterrées au Cimetière de Laval, chemin du bas-Saint-François, sur le terrain réservé par l’hôpital. Suzanne Roy et sa collègue Linda Grenier, deux infirmières de l’Unité de naissance de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), sont à l’origine de l’initiative. Elles font partie, avec dix autres spécialistes, du Comité de deuil en périnatalité de l’HMR. En 2009, elles ont relancé les activités du comité et déjà, l’idée de mettre sur pied le « berceau des anges » est évoquée. « L’objectif, c’est de soutenir les parents en deuil, dit Suzanne Roy, infirmière en obstétrique depuis près de trente ans. Nous avons de la compassion pour eux. Nous voulons les aider à vivre ce deuil-là, les écouter et être disponible ».

Les larmes montent aux yeux de Mme Roy lorsqu’elle se remémore certains moments douloureux vécus par ses patientes : des mères, qui viennent tout juste d’accoucher, qui pleurent à chaudes larmes leurs bébés décédés… Sur 1000 naissances au Québec, 7,6% se terminent par ce cauchemar. « Au début, j’étais tellement sous le choc que je n’avais plus de repères, j’avais de la misère à comprendre ce qui arrivait », confie Marie-Pierre, qui a accouché en janvier 2012 à l’HMR. Dans ces moments terribles, se faire guider par des infirmières formées en deuil périnatal a été une bénédiction, dit-elle. « Elles avaient les bons mots, les bons gestes. » Dans le même sens, l’offre de l’HMR de s’occuper du corps du poupon enlève un fardeau sur les épaules des parents bouleversés. « On n’a pas la tête à ça, souligne Marie-Pierre, et souvent, on n’a pas de sous de côté pour ça non plus ». Grâce à une entente avec Magnus Poirier, il n’y a aucun frais lié aux funérailles et à l’enterrement des corps des « petits anges ».

Un petit ruisseau coule près du cimetière de nouveau-nés. Des cabanes d’oiseaux, des bancs de  parc, des obélisques et des fleurs ont été aménagés. L’endroit est beau et paisible. « C’est un lieu de recueillement, explique Mme Roy. Ici, les parents peuvent exprimer leur peine et parler à leurs enfants envolés. » Pour Marie-Pierre Dubé, la vie reprend, doucement : elle s’apprête à retourner sur le marché du travail et rêve d’un autre bébé... Le souvenir de Kethsana est toujours très présent. « On y pense toujours, laisse tomber la femme de 26 ans. Ça nous suit tous les jours. Mais on apprend, avec le temps, à vivre avec ce deuil-là. » Elle reste silencieuse un moment, puis ajoute : « Elle aurait eu cinq mois dimanche ».

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Tout le monde est mal à  l’aise lorsqu’un drame périnatal survient : on ne sait quoi dire, on ne sait quoi faire. L’infirmière Suzanne Roy s’intéresse à la cause depuis 18 ans. Elle a entendu toutes sortes de choses, elle a été témoin de toutes sortes de réactions. Voici les phrases à bannir de votre discours si l’un de vos proches traverse cette épreuve.

1. « C’est un dur moment à vivre mais ça va passer. »
Explications de Suzanne Roy : « Non, ça ne passera pas ! Je me souviens d’une dame de 80 ans qui se souvenait de la date où elle a perdu son enfant… On apprend à gérer la douleur liée au deuil, elle s’atténue, mais elle ne quitte pas les parents ».

2. « Tu ne l’as même pas connu ! »
Explications : « À  partir du moment où la mère a porté son bébé, où les parents se sont projetés avec cet enfant-là, qu’ils se sont attachés, ils l’ont connu. C’était un projet de vie. »

3. « Tu es jeune, tu es capable d’en avoir un autre. »
Explications : « Un enfant est unique. L’un ne remplace pas l’autre. »

4. « Je ne t’ai pas appelé parce que je ne voulais pas te déranger… »
Explications : « Parfois, les proches croient qu’il vaut mieux laisser les parents seuls vivre leur deuil. Je pense qu’il est préférable de rester en contact : souvent, les parents en deuil ont besoin de parler de leur bébé. »

5. « Je me sens coupable… C’est peut-être à cause de ce que j’ai mangé ou fait… »
Explications : « Les mamans culpabilisent, elles pensent que c’est de leur faute. Mais ça n’a rien à voir : on ne peut pas prévenir les fausses couches, les décès in utero ou les bébés qui décèdent à la naissance. Dans 40% des cas, les causes demeurent inconnues. »