Maman 24/7

Toutes les six minutes, un enfant tombe dans l'escalier

(Getty Images)J’étais pétrifiée. Mes réflexes avaient foutu le camp. L’Homme a eu le temps de se lever de table, de me contourner et de courir vers ma fille qui venait d’atterrir sur le plancher du salon. Elle venait de débouler les marches. Moi ? Moi, j’étais horrifiée, terrorisée. Figée. Je voulais me coucher à côté d’elle et pleurer (c’est d’un grand secours, j’en conviens).

Ma petite Lionne a trébuché en montant l’escalier et s’est mise à rouler vers le bas comme un boulet. La scène, épouvantable, va me rester en tête encore longtemps. Mais le drame s’arrête là : ma fille ne s’est pas blessée gravement. Une prune au front, deux ou trois ecchymoses, des larmes et une bonne frousse (pour elle comme pour moi). C’est tout.


Je ne suis pas une parano de la sécurité à la maison. Bien sûr, je fais attention : quand les enfants ont atteint l’âge de se déplacer, j’ai installé des barrières, des loquets, retiré les objets vacillants. L’escalier demeure néanmoins l’ennemi numéro un, LE piège. Il attire nos petits comme un aimant et au moment où ceux-ci croient l’avoir amadoué, ils se font surprendre. Leur nonchalance leur joue des tours. Bing ba dang ! J’entends encore le son du petit corps qui frappe le sol.

Toutes les six minutes, aux États-Unis, un enfant entre à l’urgence pour y être soigné après être tombé dans l’escalier. Ce chiffre – effarant – ressort d’une étude publiée hier par le Journal Pediatrics. Elle révèle qu’entre 1999 et 2008, quelque 932 000 enfants âgés de 5 ans et moins (soit près de 100 000 par année) ont été transportés à l’hôpital pour des blessures affligées dans des marches (presque toujours à la maison). Dans 32% des cas, il s’agissait de tout-petits de moins d’un an. En fait, la chute dans l’escalier est la principale cause de blessures chez ces enfants.


L’auteur de l’étude, Gary A. Smith, s’est d’abord intéressé aux marchettes pour enfants et à leur potentiel de dangerosité. Ces jouets pour enfants sont interdits depuis 2004 au Canada parce qu’ils sont considérés non-sécuritaires. Pour les bébés, on recommande maintenant l’achat de centres d’activités stationnaires. Le chercheur a constaté que malgré le retrait des marchettes, les blessures dans les escaliers demeuraient fréquentes. Il a donc mis sur pied cette vaste étude impliquant des hôpitaux à travers le pays.

Comment éviter la catastrophe ? Cité dans le New York Times, M. Smith explique que les nouvelles maisons devraient être construites de façon à intégrer des barrières en haut et en bas des marches. Actuellement, deux maisons sur trois ne sont pas conçues pour permettre l’installation d’une barrière de sécurité rattachée aux murs. Les barrières à fermeture par pression sont peu fiables, surtout lorsqu’elles sont installées en haut de l’escalier, souligne le chercheur. Quant à la rampe, elle devrait être adéquate pour les petites mains. Trop souvent, les enfants sont incapables de l’agripper correctement.


On a beau sécuriser notre chez-soi au fur et à mesure que notre marmaille grandit, on ne peut jamais réduire à zéro le risque d’accident. Il est impossible de surveiller en tout temps nos marmots. Ma mignonne, elle, traverse toujours la maison à la vitesse grand V...  sauf dans l’escalier. Depuis l’incident, elle descend sur les fesses, une marche à la fois, en récitant « len-te-ment, len-te-ment ». Prudente ? Oui. Et j’en suis ravie.