Maman 24/7

Tout avoir, oui – mais pas tout en même temps

Marissa Mayer et Sheryl Sandberg. (AP/Getty images)À 37 ans, Marissa Mayer devient la nouvelle chef de la direction de Yahoo! aujourd’hui. Elle fait le saut après avoir occupé pendant treize ans différents postes stratégiques chez Google, où elle fut la première femme ingénieure embauchée. Et comme si cela n’était pas suffisant, Mme Mayer a annoncé tard hier soir, sur Twitter et sur Fortune, qu’elle et son mari attendaient leur premier enfant pour le mois d’octobre.

Le sujet fait beaucoup jaser sur la toile ce matin. Il est vrai qu’elles sont rares les femmes qui occupent un poste de gestionnaire de très haut niveau dans des multinationales. Si on ajoute à cela qu’il s’agit d’une entreprise de haute technologie et qu’en plus, la femme s’avère être mère (ou montrer un soupçon d’intérêt envers la maternité) alors là, on est dans le rarissime, dans l’exception, dans l’espèce en voie d’extinction.

Marissa Mayer est connue pour ses mots d’encouragements aux jeunes femmes qui ne s’intéressent pas assez, selon elle, à l’informatique et aux sciences de la technologie. Avec l’annonce de sa grossesse, voilà que la numéro Un de Yahoo! lance un autre message : oui, vous pouvez poursuivre votre rêve d’avoir  une grande carrière et faire des enfants en même temps. Faites les deux !

Elle imite ainsi une autre femme très haut placée dans le même domaine, Sheryl Sandberg, chef des opérations de Facebook. Celle-ci s’applique à prononcer des discours enflammés aux femmes qui choisissent souvent de freiner leur carrière pour fonder une famille. En fait, le bras droit de Mark Zuckerberg suggère l’inverse : n’hésitez pas à accepter des postes de hautes responsabilités tout en ayant des enfants, dit-elle, entre autres, dans un article du New York Times.

N’oublions pas, toutefois, que cette mère de deux jeunes enfants n’a sûrement pas à se casser la tête en matière de conciliation : avec ses revenus de 31 millions de dollars (!) l’an dernier, je parie qu’elle n’a pas de problème de garderie…

Oui, je trouve ces deux femmes inspirantes. Leurs parcours sont impressionnants. Elles font leur chemin dans un milieu que l’on pourrait qualifier de « non traditionnel » puisque si peu de femmes s’y aventurent.
Et elles n’y perdent ni leur féminité ni leur désir de maternité. Toutefois, leurs propos me laissent perplexe car ils laissent entendre que les femmes peuvent tout avoir. Tout, en même temps.  Elles disent exactement le contraire d’Anne-Marie Slaughter dans Why women still can’t have it all, un essai publié le mois passé dans The Atlantic qui a semé la controverse aux États-Unis et un peu partout dans le monde.

Il n’y a pas si longtemps, je travaillais auprès d’une femme qui dirigeait un petit empire médiatique. J’adorais sa façon de travailler, de communiquer et surtout, sa manière de gérer son personnel. Elle était nuancée, flexible et à l’écoute tout en conservant une poigne de fer et un leadership indéniable. Une femme de grand talent qui ne se coupait pas de ses émotions pour gérer son monde – une chose (malheureusement) fort commune chez les femmes gestionnaires… Comme si pour devenir boss, il fallait exploiter son côté masculin !

Je me souviens avoir eu des conversations au sujet de la carrière et de la famille avec cette ex-patronne. Et je me souviens comme si c’était hier de sa réponse, claire comme de l’eau de roche : « Oui, Maude, on peut tout avoir. Mais pas tout en même temps ».

Il est révolu le temps où les femmes devaient choisir. C’est fantastique, aujourd’hui, nous sommes 100% libres. Nous faisons ce que nous voulons ! Les chemins ne sont pas tous tracés d’avance mais nous avons beaucoup plus de possibilités que nos mères et nos grands-mères. Ce qui me préoccupe, c’est ce que nous préparons pour nos filles : vas-y, fonce, grimpe les échelons, défonce le plafond de verre et… prends-toi une nounou. No problem.

Bon, j’exagère, mais si peu… J’aimerais beaucoup être un petit oiseau pour voir Marissa Mayer quittant son nouveau-né pour retourner au boulot dans les semaines suivant son accouchement. Sera-t-elle toujours aussi convaincue ? Entre la tête (de directrice générale) et le cœur (de nouvelle mère), le retour à ses fonctions risque d’être plus difficile que prévu.