Maman 24/7

Soirée électorale historique : comment expliquer ce qui s’est passé aux enfants ?

(Presse Canadienne)Mon fils était à mes côtés hier lorsque je suis allée voter. Curieux, il m’a posé mille et une questions : « Pour qui tu votes ? Pourquoi ? On vote pour quoi au juste ? Quand je pourrai voter moi aussi ? Pourquoi il faut faire un x ? Pourquoi il faut se cacher ? Pourquoi tu déchires une partie du carton ? » Ça allait vite, dans sa tête de garçon de 5 ans.

À l’aube, il écoutait ses dessins animés, tout heureux à l’idée de prendre l’autobus scolaire pour la première fois un peu plus tard ce matin. Il ne se doutait pas que s’est joué un pan de notre histoire hier. Il ne m’a posé aucune question – par chance. Je n’aurais su quoi lui répondre tellement ce qui s’est passé hier est surréaliste, choquant, triste. Comment trouver les mots ?

Comment lui expliquer qu’élire une femme, à la tête du Québec, est un événement important ? Il m’aurait peut-être répondu qu’au fond, ça n’a rien de bien particulier, lui qui m’a déjà dit qu’« un garçon et une fille, c’est exactement pareil – sauf que les filles aiment les poupées ». Notre propension à souligner sans arrêt le caractère exceptionnel de l’élection de Pauline Marois revient à dire qu’on n’en revient pas nous-mêmes… Ne devrait-on pas trouver ça normal tout simplement ?

Comment lui expliquer que la première ministre a été choisie par 32% de la population, qu’elle gagne 55 sièges à l’Assemblée nationale, mais qu’elle ne pourra diriger librement puisque l’autre parti, le PLQ, a été élu par 31% des gens remportant ainsi 50 sièges, même si son chef n’est plus là ? Comment lui expliquer que c’est une situation inconfortable, ingérable ? Peut-être pourrais-je lui faire une comparaison : « C’est comme si maman te disait que tu pouvais faire tout ce que tu veux à l’école mais que tu dois impérativement avoir l’accord d’un ami avant de le faire »…

Comment lui expliquer la réaction de ces partisans péquistes qui huent leur chef, en plein discours victorieux, lorsqu’elle prononce le nom des autres chefs de partis ? « Quand je joue au soccer, j’encourage mes coéquipiers mais je ne crie pas ‘chou’ aux membres de l’équipe adverse, hein, maman ? » Mon garçon de 5 ans a compris ça.

Comment lui expliquer les gestes d’un fou furieux ? Comment trouver les mots pour lui dire que ça n’a rien à voir avec notre belle province à la fois anglophone et francophone, à la fois hispanophone, arabe, juive, grecque, chinoise, alouette ? Comment lui prouver que ça n’a rien à voir avec le fait que ce soit une femme, là, devant, qui prend les rênes pour la première fois chez nous ? Comment lui préciser que l’intolérance, sous toutes ses formes, dans notre société comme dans la cour d’école, mène trop souvent à la violence ?

Comment lui assurer que tout va bien, que tout ira bien ? Et surtout, comment lui faire comprendre que même historiques, ces élections furent un désastre. Tous, nous les avons perdues.