Maman 24/7

Quand longs jours d’été riment avec petites nuits

(Getty Images)« Mais le soleil est réveillé, maman ! » Tous les matins, Petite Lionne me sert cet argument pour me convaincre que se lever à 5h du matin, c’est acceptable. Le soir, c’est Fiston qui négocie : « Il faut aller se coucher mais il ne fait même pas noir, ce n’est pas juste ». J’ai envie de lui demander s’il trouve juste que nous, pauvres parents à bout de souffle, perdons une heure de (précieux) sommeil le matin et une heure de temps libre (lire : sans enfant) le soir – mais je me retiens.

Pourquoi mes oiseaux matinaux ont-ils besoin de si peu de sommeil ? Je pensais qu’avec un garçon qui adore se lever à l’aube (car il a « des choses à faire » me dit-il le plus sérieusement du monde à 5h20), j’aurais une princesse qui aime ronfler. Mais non ! Ils sont insomniaques ! Tous les deux ! Quelle chance.

Pourtant, je fais tout correctement, il me semble. Je colle à la routine habituelle, réglée au quart de tour. Les fenêtres des chambres des enfants sont munies de toiles archi opaques. Nous avons de la musique douce, des gobelets d’eau, des toutous, des doudous, des chambres fraîches, des lits confortables… Dormez donc, les enfants !

Nous assistons aux jours les plus longs de l’année et ma patience n’a jamais été aussi courte. Ma frustration atteint son paroxysme. Et je ne suis pas la seule, si je me fie à mes échanges avec d’autres mamans de jeunes enfants. Marie Allard assiste (impuissante) au levée de son garçon de 5 ans à 4h45 (« et il est en pleine forme », dit-elle) et à celui de sa fille de 2 ans à 5h. Après ce matin fort occupé, Marie s’en va faire ses huit heures au boulot… Geneviève Sirois voit aussi ses journées de maman s’étirer : ses quatre enfants se couchent plus tard et se lèvent à la même heure que l’hiver, soit entre 5h30 et 6h15… « Je préfère être moins stricte l’été, dit-elle. Je n’ai pas envie de m’embarquer dans une guerre qui ne finit plus et j’aime que les enfants aient un rythme « d’été ». Mon horaire me le permet ». Lyne Faubert, maman d’un garçon de six ans, trouve la situation pénible par moments : « Les enfants du quartier jouent dehors jusqu’à 20h, les heures de souper sont désorganisées, les négociations au moment de se coucher  n’en finissent plus parce qu’il fait encore clair dehors… et les levers sont difficiles aussi ! »

Les deux expertes en sommeil à qui j’ai parlées sont formelles : la routine du dodo doit être béton, été comme hiver. Hélène Boissonneault est coach parental depuis dix-huit ans et maman de deux enfants de 7 et 12 ans. Selon elle, on ne change pas une routine si elle est gagnante. « Il faut rester inflexible en tout temps, dit-elle, car si on dit oui une fois, le lendemain, l’enfant va s’essayer… Si on veut éviter les crises et les confrontations, il faut être constant ». Elle ajoute que si on décide de faire une entorse à la routine, c’est parce que les parents l’ont décidé ainsi – pas les enfants. « L’exception doit être initiée par le parent », précise-t-elle.

Evelyne Martello, infirmière clinicienne et auteure de Enfin je dors… et mes parents aussi, insiste sur l’importance de la routine. « Certains enfants sont très actifs juste avant d’aller au lit, ils sautent sur un trampoline, on les débarbouille rapidement et on les couche… Ça ne marche pas. Oui, on peut écourter la routine mais il faut au moins trente minutes de calme avec un peu moins de clarté, moins de bruits, moins d’activités pour amener les enfants vers le sommeil », explique-t-elle. Selon elle, plus la routine du coucher est harmonieuse et détendue, plus la nuit et le matin ont des chances d’être faciles, sans crise, sans pleur et sans colère.

Mme Martello rappelle que, pendant la nuit, les enfants de 1 an et moins doivent dormir 12 heures; ceux de 2 ans, environ 11-12 heures; ceux de 3 à 5 ans, entre 10 et 11 heures. À cela s’ajoute une sieste en après-midi d’une heure ou deux.

Comment y parvenir ? J’ai demandé aux deux spécialistes du sommeil de me livrer leurs conseils et trucs pour éviter que nos marmots ne suivent le cycle du soleil (il s’est levé à 5h06 ce matin et se couchera à 20h47).

Les 5 trucs d’Hélène, coach parental


1. Évitez la crème glacée et les aliments sucrés en soirée : ils excitent les enfants.
2. Vérifiez la température dans la chambre des enfants. S’ils ne se sentent pas confortables, c’est possible qu’ils se réveillent plus tôt.
3. Connaissez-vous les raisons qui poussent votre enfant à se lever tôt ? Est-il vraiment réveillé ou est-il encore fatigué ? Vous n’avez qu’à vérifier son humeur pour le savoir.
4. Si votre enfant se lève et qu’il n’est pas l’heure, invitez-le à retourner au lit. S’il vous dit que le soleil est réveillé, vous pouvez lui mentionner que « l’hiver, le soleil se couche à 16h et pourtant ce n’est pas la nuit – c’est la même chose l’été : même s’il fait clair dehors, ce n’est pas encore le matin ». En restant constant, au bout de trois jours, il est possible que votre enfant dorme plus longtemps ou du moins, qu’il demeure au lit plus longtemps.
5. Vers 3-4 ans, un enfant peut très bien se lever seul et jouer tranquillement (lorsque c’est l’heure !). Assurez-vous toutefois que l’environnement est sécuritaire.

Les 5 trucs d’Évelyne, infirmière


1. Fait-il bien noir dans la chambre ? Il ne faut pas négliger cet aspect puisque la mélatonine, l’hormone du sommeil, est inhibée par le soleil et donc secrétée par la noirceur.
2. Une heure avant le coucher, évitez les collations et une trop grande stimulation. Un bain permet de faire baisser la tension artérielle et ramener la température basale, ce qui incite au sommeil.
3. Équipez-vous d’un petit cadran qui indique le moment de se lever (il change de couleur ou un petit soleil apparaît). Même un enfant qui ne lit pas encore l’heure peut ainsi comprendre qu’il faut se lever à telle ou telle heure, et pas avant.
4. Camouflez les bruits extérieurs. Les cris des oiseaux au petit matin suffisent à réveiller certains enfants. L’idéal est d’avoir un bruit de fond dans la chambre, comme celui fait par un ventilateur, par exemple.
5. Permettez à l’enfant de faire une activité calme lorsqu’il se réveille avant de se lever. Par exemple, s’il se réveille à 5h30 mais qu’il n’est pas permis de se lever avant 6h, l’enfant peut feuilleter un livre, regarder des autocollants, etc.