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Opération rougeole : pour ou contre la vaccination?

(Getty Images)« J’ai pris la feuille et je l’ai déchirée. » Claudy Harvey n’a pas hésité lorsqu’elle a reçu la feuille d’autorisation de vaccination contre la rougeole distribuée à son fils de 13 ans à l’école. Pas question d’y apposer sa signature. « Gabriel n’a jamais reçu de vaccin, dit-elle. Et sa santé est très bonne, merci. »

Au Québec, une vaste campagne de vaccination contre la rougeole a lieu actuellement dans toutes les écoles primaires et secondaires. Selon le ministère de la Santé, plus de 750 cas sont survenus dans la province depuis avril dernier, principalement dans les régions de la Mauricie-Centre-du-Québec et de la Montérégie. Pourtant, depuis 2002, la transmission directe de la rougeole était éliminée.


Très contagieuse, la rougeole est une maladie qui peut mener à l’hospitalisation (un enfant sur dix) et occasionner des complications graves (pneumonie, encéphalite). Les symptômes ? Une forte fièvre, un nez qui coule, des yeux rouges et de la toux, des boutons rouges sur le corps.

À la garderie de Fiston, comme dans tous les services de garde du Québec, il n’y a pas de vaccination. Mais les parents sont informés. La mise en garde : vérifiez le carnet de vaccination de votre enfant. Il doit avoir reçu deux doses (une vers 12 mois, l’autre vers 18 mois). Si ce n’est pas le cas, prenez rendez-vous au CLSC ou voyez votre médecin. « Dans les plus brefs délais », écrit-on.


Ce n’est pas un conseil. C’est une consigne. Claire et directe. Pourtant, des parents comme Claudy Harvey, il y en a beaucoup. Des parents qui sont contre. Des parents qui doutent, ou qui se questionnent. Sur les forums de discussion sur la famille et la santé, les conversations sont parfois enflammées (comme ici). Et le nombre de participants, divisés en deux camps, est impressionnant. Les principaux arguments des parents anti-vaccins tournent autour du manque de preuves : les vaccins sont-ils vraiment efficaces ? Ne causent-ils pas, à leur tour, des problèmes de santé ?

Certains parlent du pouvoir des compagnies pharmaceutiques qui empochent des millions en vendant des doses de médicaments. D’autres remettent en question la nécessité de l’injection : les maladies ont disparu, quels sont les risques réels ? Ne bâtit-on pas notre système immunitaire en le contraignant à se battre contre certains virus, certains microbes ?


Mme Harvey évoque la médecine alternative pour se soigner. « J’ai réglé plusieurs maladies de mon fils avec la méthode de la biologie totale, dit-elle. Je ne crois pas au système de santé dit traditionnel. » Une approche plutôt grano, non ? « Pas du tout, s’exclame-t-elle en riant. Mon expérience me démontre seulement que prendre des antibiotiques, ce n’est pas toujours LA solution ». Son comportement pourrait être qualifié d’irresponsable par certains… « Je suis habituée de me faire traiter de toutes sortes de noms, de me faire donner la morale, répond-t-elle. Dans ma conscience de mère, je trouverais pas mal plus difficile d’accepter que j’ai causé des problèmes à mon fils en lui donnant un vaccin que s’il attrapait une maladie, même si elle est majeure ».

À l’autre bout du spectre, il y a des parents comme Pierre Rochette, père d’un adolescent de 14 ans. Celui-ci a reçu tous ses vaccins depuis sa naissance. « Je suis pro-technologie, dit-il, en précisant qu’il reçoit lui-même le vaccin contre l’influenza chaque année. Je crois que les parents anti-vaccins sont très soucieux de la santé de leurs enfants mais qu’ils sont mal informés ou mal influencés. » Il cite en exemple le cas, fameux, d’un chercheur anglais, Andrew Wakefield, qui publia une étude en 1998 reliant la rougeole, la rubéole et les oreillons à l’autisme. Il s’est avéré que le docteur avait reçu des fonds d’opposants à la vaccination et qu’il avait manipulé les données. L’affaire a éclaté au grand jour dix ans plus tard.


D’autres parents se retrouvent à la frontière des deux clans. Ni pro-vaccins, ni contre. Juste… sceptiques. « Lorsqu’on a une prescription, le médecin nous explique les risques associés, dit Alexandre Émond, papa de deux ados de 15 et 17 ans. Comme ingénieur, dans mon travail, je fais la même chose avec mes clients. Pourquoi, lors des campagnes de vaccination, on ne reçoit pas la notice médicale expliquant les risques, les probabilités, le taux d’efficacité et le champ d’action du vaccin ? » Il ajoute que ses enfants sont vaccinés mais qu’il en a « contre le manque d’éthique du processus ».

Pour Alexandra Kossowski, médecin-conseil à la Direction de la santé publique, il n’est pas question de forcer qui que ce soit à recevoir les vaccins.  « Les vaccins ne sont pas obligatoires, dit-elle. Mais nous voulons que les parents reçoivent la bonne information pour prendre une décision éclairée. » Selon elle, l’important est de mettre en perspective que « la rougeole n’est pas une maladie banale » alors que « le vaccin est hyper efficace ». Ces dernières années, environ 5% des parents étaient réticents à l’idée de faire vacciner leurs enfants, dit-elle. 


Le taux de vaccination visé pour empêcher la maladie de continuer à se propager est de 95%. On estime qu’actuellement, entre 83 et 85% des gens sont immunisés contre la rougeole au Québec. La campagne de vaccination se poursuit jusqu’à la fin du mois de mars.