Maman 24/7

Lettre à Tooba

(Photo : Canadian Press)Je suis mère. Je suis fille. Comme toi. J’ai porté, j’ai bercé. J’ai remercié ma propre mère pour tout ce qu’elle avait fait pour moi. Pour mes sœurs. Le réconfort. L’amour, inconditionnel. Une mère, c’est un havre, en quelque sorte. Dans la tempête, une mère est un phare. Un guide. On peut la défier, la confronter, la détester par moments – mais on ne peut la renier. Le lien est trop fort, trop viscéral.

Qu’as-tu fait, Tooba ? As-tu été aveuglée à ce point par un mari contrôlant ? Tétanisée par la peur ? Ou préoccupée par un code de valeurs incompréhensible pour nous ? Nous, Canadiens, Québécois, citoyens du monde, libres, soucieux de justice, d’équité, d’ouverture. On a écouté ce qui a été dit au procès mais on n’a pas compris. On a lu ce qui a été écrit au sujet du code d’honneur, des mœurs. On n’a pas saisi. Payer de sa vie un déshonneur familial ? Était-ce pour toi un mensonge ? Un affront ? Une trahison ?


Il n’y a pas pire trahison pour une fille, pour un enfant, que de perdre la vie de la main même de celle qui la lui a donnée.

Qu’as-tu fait, Tooba ? N’as-tu pas entendu l’appel de tes filles ? Leur soif de liberté,  d’indépendance, d’émancipation ? Leur enthousiasme pour cette nouvelle vie ? En étais-tu jalouse ? Étais-tu déçue de leurs choix, voire blessée ? Pourtant, elles ne faisaient que… vivre. Tu n’as pas su comment les accompagner. Tu n’étais pas là. Tu as choisi d’être loyale à un mari rempli de haine plutôt qu’à tes trois filles, trois beautés, pleines de vie, de projets et d’espoir.


Elles aspiraient à autre chose, à quelque chose de différent. Elles ont été punies.
Ta sœur a confié qu’elle ne te reconnaissait plus depuis ce mariage. Séparée de ta grande sœur depuis vingt ans. Si elle en a souffert, nul doute que toi aussi. Étais-tu aigrie au point que toute parcelle d’amour en toi a été anéantie, même pour tes enfants ? Au procès, tu as témoigné, tu as dit « je suis une mère : si vous étiez une mère, vous sauriez ce que le cœur d’une mère éprouve (…). Ne me dites jamais que j’ai tué mes enfants, jamais ! »

Tu n’as pas protégé Geeti, 13 ans, Sahar, 17 ans et Zainab, 19 ans. Tu as échoué dans ta mission première de mère. Tu les as abandonnées. Tu les as reniées. Les mères s’appliquent à une chose, elles se battent pour une chose : la vie de leurs enfants. Mais pas toi.


Qu’as-tu fait, Tooba ?