Maman 24/7

Le secret des mamans de trois enfants

Trois. Trois enfants. Elle en a déjà deux et elle en veut un troisième. Elle est déjà à la course, les nuits sont courtes, les épiceries coûtent cher, le coffre de la voiture déborde, les jouets traînent partout, les boîtes de vêtements s’entassent au sous-sol. Et elle va maintenant multiplier tout ça par trois. Par choix. «Avoir des enfants, ce n’est pas rationnel, c’est un coup de cœur», me confie mon amie Roseline, maman de trois jeunes garçons.

Je regarde autour de moi et j’ai l’impression qu’elles se multiplient, ces familles de trois enfants. Elles ne sont pas la norme, certes – mais elles ne sont plus marginales. «Il y a une petite tendance à la hausse, confirme Chantal Girard, démographe à l’Institut de la statistique du Québec. Environ 20% des femmes qui ont actuellement entre 45 et 60 ans ont eu trois enfants ou plus, comparativement à 23% pour celles qui ont entre 35 et 45 ans en ce moment». Et ce chiffre pourrait encore augmenter si la nouvelle génération de femmes en âge de féconder poursuit sur la même lancée.

Toutes les mamans interrogées me parlent d’une décision «spontanée». «On s’est payé une petite folie», me lance une copine, mère de trois garçons âgés entre 0 et 5 ans. Une «petite» folie qui ne lui laisse plus une miette de temps… Le repos, la lecture, les soirées à la chandelle et les grasses matinées, oubliez ça. C’est le chaos. «J’aime cette idée de démesure, de bordel», dit Julie Paquin-Bergeron, mère d’Antoine, 13 ans, Émile, 10 ans et Justin 7 ans. «Dans ma tête, une famille ça veut dire plus d’enfants que de parents», dit Ysabelle Gagné, 33 ans, mère de Marius (6 ans), Annette (4) et Iris (2).

Lorsque je croise une mère de trois petits, je l’observe toujours du coin de l’œil. Comment fait-elle ? Ne manque-t-elle pas de bras, à un moment donné? À quel moment perdra-t-elle le contrôle? «Ça m’est déjà arrivé d’être à l’aéroport avec les trois, un dans la poussette, un que je tiens par la main et le troisième à qui je demande de suivre, j’ai trouvé ça heavy pas mal», rigole Julie. Une autre maman de trois, Julie Arguin, croit qu’en étant bien organisée, tout est possible: «Une fois qu’on a vécu le choc de l’arrivée du deuxième, les autres s’intègrent plus facilement». «À deux enfants, la structure est déjà en place et elle fonctionne bien», dit pour sa part Michelle Marcoux, une infirmière de 30 ans, maman de trois enfants âgés entre 6 ans et 21 mois.

De là à dire que le troisième s’élève tout seul, il n’y a qu’un pas… «Trois enfants, c’est une microsociété, poursuit Michelle. Les enfants développent le réflexe de s’aider, ils sont autonomes plus rapidement.» Les aînés aident les parents avec les plus petits. «Mon fils de six ans a développé une belle relation avec sa sœur de 21 mois», dit Julie A., qui travaille de la maison. Autre avantage d’avoir une famille nombreuse: les enfants s’amusent entre eux. Fini, le temps où il faut s’accroupir dans la salle de jeux pour divertir nos tout-petits. «Pour eux, être trois, c’est trippant!» lance Julie P.-B.

De toute façon, du temps pour jouer, les mamans n’en ont pas beaucoup. Entre les tâches à la maison, les devoirs, les courses, les cours de hockey ou de natation, il y a aussi… le boulot. «Le travail à temps partiel, c’est le meilleur des deux mondes», explique Julie A. qui «étouffait» en restant toujours à la maison. «Je passe deux jours à la maison avec les enfants et trois au travail, c’est l’idéal», confirme Ysabelle, responsable des technologies adaptées à l’Université Laval. Toutes prônent la nécessité d’avoir un employeur compréhensif et accommodant. «Je travaille 25 heures par semaine et mon horaire est flexible. Ça évite beaucoup de stress à la maison», admet Michelle.

Toutes parlent aussi de l’implication du père, présent à 100%, et du soutien de la famille élargie. Par exemple, Michelle habite une maison intergénérationnelle; sa mère n’est jamais bien loin. Julie A. est retournée vivre avec sa petite famille en Abitibi, d’où elle est originaire. Son réseau, là-bas, est solide.

Ce qui leur manque le plus? Du temps pour elles, bien sûr. Et du temps avec leur amoureux. «Les moments à deux sont rares, laisse tomber Julie P.-B. Mais pour le moment, ça va.»

Julie Paquin-Bergeron est propriétaire de la boutique pour vêtements en ligne 1,2,3 Soleil et Julie Arguin travaille à la boutique Coccinelle Maternité.
Ysabelle Gagné et Michelle Marcoux sont blogueuses.