Maman 24/7

La Une du Time : ce dont il faut vraiment parler

(Couverture du Time)Je ne pensais pas écrire sur le sujet. Il me semblait que l’affaire avait suffisamment fait couler d’encre. Tous en ont parlé : au Québec, en France, aux États-Unis, les sites de nouvelles, les blogues, les réseaux sociaux et les médias traditionnels ont abordé le sujet controversé. Une vraie petite bombe (marketing) à la veille de la Fête des Mères…

De quoi je parle ? Mais de la Une du dernier numéro du magazine Time où une maman de 26 ans (spectaculaire) allaite son garçon de bientôt 4 ans. La photo, jugée provocante par plusieurs (au réseau ABC, on a brouillé la photo du sein dénudé pendant que le sujet était débattu en ondes), est coiffée du titre en grosses lettres rouges « Are you mom enough ? » (traduction libre : Êtes-vous suffisamment maternelle ?). Le dossier, étoffé et fort intéressant, présente une tendance de plus en plus populaire chez certaines familles, celle du « attachment parenting », un concept développé par le docteur Bill Sears, dans sa bible « The Baby Book ». Adoré et adulé par des milliers de mères américaines, le pédiatre, père de huit enfants, est qualifié de « gourou »  par certains.

Personnellement, ce n’est pas la photo de la Une qui  me chicote. Entre vous et moi, trouvez-vous celle-ci, publiée il y a plus d’un an, plus « déplacée » ? Ou encore, celle qui accompagnait mon texte paru sur ce blogue récemment ? Non, ce qui me dérange, c’est le titre. Comme le mentionne Sophie Durocher ici, on se fait déjà « constamment culpabiliser comme mère, il faut en plus qu’on se fasse demander si on en fait assez ? ». Il n’y a pas une façon d’être mère – il y a sa façon à soi, un point c’est tout. Chacune y va à  l’instinct, peu importe le nombre de lectures à son actif, le nombre d’inscriptions à des forums de discussions  ou l’héritage laissé  par la famille… Les expériences et les conseils sont peut-être des intrants aux décisions que l’on prend mais avouons que ça ne fait pas le poids vis-à-vis de l’opinion de la mère et du père.

Je pense que c’est l’amour que l’on porte à nos enfants, et notre interprétation de ce que l’on croit être le meilleur pour eux, qui nous dictent comment agir. Est-ce que ça regarde notre voisin, notre mère, notre meilleure amie, notre employeur, notre prof de yoga ou l’infirmière de l’hôpital ? Absolument pas.

D’ailleurs, les mamans interrogées dans le cadre du reportage du Time avouent qu’elles n’avaient pas une idée précise quant à l’allaitement et au mode d’éducation de leur enfant. Une anecdote : une bonne amie a allaité sa fille pendant près de trois ans alors qu’elle croyait, au départ, allaiter un an… Elle m’a même dit, sur le ton de la confidence, qu’elle avait toujours trouvé « assez bizarre celles qui allaitaient longtemps leurs enfants ». Comme quoi, la maternité, ça s’apprend, ça se vit, doucement, au quotidien. C’est organique : nos choix sont faits en fonction de notre passé, de nos valeurs, de ce que l’on vit présentement, de nos attentes…

Josée Blanchette, invitée ce matin à l’émission radiophonique Médium Large ce matin  pour parler du dossier du Time, a évoqué la pression exercée par la société non seulement pour allaiter son bébé mais aussi pour y mettre fin. « Va-t-elle avoir son garçon accroché au sein longtemps comme ça ? » a-t-elle dit, citant les reproches qu’elle a encaissés pendant l’allaitement de son fils (elle a allaité un an). « Je sentais bien que passé sept, huit mois, les gens trouvaient ça bizarre, alors imaginez quatre ou cinq ans », a-t-elle lancé.

Les mères qui pratiquent l’allaitement prolongé refusent en quelque sorte cette idée reçue qu’il faut « sevrer » son enfant. L’Organisation mondiale de la santé recommande d’allaiter exclusivement son enfant six mois puis de prolonger jusqu’à deux ans « voire au-delà ». On peut parler de ce que signifie le « au-delà ». On peut faire des vagues dans un magazine à la une sensationnelle, dans les réseaux sociaux ou autour de la table avec les copains. Mais en bout de ligne, ce sont les mères et leurs conjoints, une fois les portes closes, qui sont maîtres chez soi.

Ils en ont parlé :
Josée Blanchette : L’over parenting et l’allaitement prolongé et dans Le Devoir, Mères veilleuses
Marianne Prairie : sur son blogue Ce que j’ai dans le ventre
Le site Jezebel (en anglais) : Attachment parenting : freakish or feminist ?
Dre Christiane Laberge : à l’émission Puisqu’il faut se lever