Maman 24/7

L'avenir des jeunes

L’intimidation est-elle dans la nature humaine? C’est une question effrayante, je sais. Effrayante et tout à fait légitime en même temps. Elle m’est apparue assez violemment hier alors que je venais de déposer Princesse à la garderie.

Dans ma voiture, j’écoutais Catherine Perrin à son émission Médium Large, sur les ondes de Radio-Canada. Elle parlait d’intimidation avec son invité Daniel Weinstock, professeur de philo. C’est LE sujet de l’heure depuis le suicide de Marjorie Raymond, cette adolescente de Gaspésie qui s’est enlevé la vie il y a une dizaine de jours. Sa mère croit que seule l’intimidation est à pointer du doigt dans cette tragédie. Nul ne le sait vraiment, au fond. Une chose est sûre: la cour d’école, c’est un peu la jungle. Les plus forts (ou ceux qui se croient les plus forts) prennent de la place, mènent des groupes, écrasent les petits. Isolé, le petit devient encore plus petit, seul, maltraité et… honteux.

Comme l’a bien expliqué le professeur Weinstock, le problème, avec l’intimation, c’est que la victime peut se refermer sur elle-même et finir par croire tout ce que  lui dit son bourreau. C’est affreux. Ça mène à la perte de l’estime de soi, au désespoir, à la dépression. Parfois, au suicide. Première chose, donc: la communication. Les parents doivent savoir ce qui se passe dans la cour d’école et faire comprendre à leur enfant qu’il n’est pas seul, qu’il est écouté. Et entendu.

Si tout le monde prenait ses responsabilités, élèves, parents, professeurs, directeurs d’école, commissaires, est-ce que l’intimidation disparaîtrait? Je me suis plu, ces derniers jours, à penser que oui. Cette pensée me réconfortait. Et voilà que l’animatrice et son invité sont venus bousculer ma conception de la chose: là où il y a de l’homme, il y aura toujours de l’hommerie (1). Bref, de l’intimidation.

Daniel Weinstock citait en exemple une célèbre expérience réalisée par deux psychologues dans les années 1950. Il s’agit de l’expérience appelée la «caverne des voleurs» (Robbers Cave Experiment). Les chercheurs Muzafer et Carolyn Sherif ont choisi vingt-deux garçons de 12 ans presqu’identiques: tous étaient issus du même genre de milieu socio-économique, ils avaient la même taille, partageaient la même religion, parlaient la même langue, bref, ils n’avaient pas de différence marquée, le genre de différence qui peut mener à de l’intimidation.

Vous me voyez venir? Le groupe a été scindé en deux et ils ont été isolés en pleine forêt, dans un camp. Premier constat des chercheurs : assez rapidement, dans chacun des groupes, le groupe s’est structuré, une hiérarchie s’est installée et un leader a émergé. Malgré l’homogénéité apparente du groupe, certains garçons ont été ciblés comme étant «les plus faibles». Et il y a eu de l’intimidation. Fascinant. Et navrant.

Là où l’expérience se corse c’est lorsque les deux groupes ont été mis en contact. Ce fut un désastre: une compétition s’est installée et ce fut la guerre. Les chercheurs ont dû mettre fin à cette phase de leur étude plus tôt que prévu tellement les tensions étaient insoutenables. Une chose inusitée est alors survenue. La dernière phase de l’étude consistait à donner un but commun aux deux groupes, quelque chose impossible à réaliser sans la collaboration de chaque membre. Dans ce cas-ci, c’était un camion de vivres tombé en pannes. Pour manger, les jeunes devaient s’organiser et coopérer.

Mon histoire finit bien: les garçons ont réussi à se serrer les coudes pendant l’épreuve. Et ils ont insisté pour tous rentrer à  la maison dans le même bus à la fin de l’aventure. Fini, la chicane. Fini, la haine. Fini, l’intimidation.

Nos jeunes d’aujourd’hui manquent-ils de défis ou de projets communs? Est-ce à l’école de leur fournir? Quelle est notre responsabilité, comme société?  J’ai éteint la radio avec ces questions en tête. Je n’ai toujours pas de réponse.

(1) Maxime de Saint François de Sales