Maman 24/7

Lâche ton pénis !

La sexualité chez les enfants en bas âge.Il le tripote devant la télé. Dans le bain. Le matin en se levant. Le soir en se couchant. Lâche. Ton. Pénis. Suis-je la seule mère à répéter cette phrase à son fils ? Évidemment, je lui dis que s’il veut l’explorer, libre à lui – mais dans l’intimité. Dans sa chambre. En solo. Ça lui appartient.

Dans mon entourage, certaines mères m’ont confié qu’elles vivaient exactement la même chose avec leurs garçons d’âge préscolaire. « Il l’étire et s’amuse à lui enfiler des choses, comme un bracelet », m’avoue Kathleen en parlant de la relation qu’entretient Malik, 3 ans, avec son pénis. « Dans le bain, il s’en sert comme si c’était une arme à feu et il accompagne le tout d’un bruitage à propos », dit Amélia au sujet d’Antoine, 6 ans. « Il aime bien vérifier pendant la journée qu’il est encore là », raconte Geneviève, maman d’Hugo, 2 ans et demi.


Mais qu’a-t-il donc de spécial, ce pénis ? Est-ce une obsession ? Comme l’Homme m’a simplement souri quand je lui ai parlé de mes questionnements phalliques, je me suis tournée vers une pro.  Jocelyne Robert, sexologue et  vulgarisatrice, a écrit plusieurs livres sur les jeunes et leur sexualité. Première préoccupation de la mère en moi : est-ce normal ? « Tout à fait ! s’exclame Mme Robert au bout du fil. Entre trois et cinq ans, les enfants traversent une phase d’exhibitionniste. Les petits garçons aiment se pavaner, pénis au vent. » La meilleure façon de réagir est de ne pas en faire tout un plat, indique-t-elle. « Il veut provoquer une réaction. Il faut rester calme et lui dire que la nudité est réservée à l’intimité. Et s’il se touche, on peut lui dire ‘tu as du fun, c’est correct, mais on ne fait pas ça devant tout le monde’. »

Le comportement devient plus préoccupant si le garçon tient constamment son pénis. « Ça peut être un signe d’insécurité », explique Jocelyne Robert. Et quand ça se passe entre eux, en jouant au docteur, notamment ? « Les enfants sont curieux, ils ont un intérêt pour leur sexualité, c’est normal, dit la sexologue qui rappelle que l’éveil sexuel commence dès la vie intra-utérine. Les enfants se rassurent en se comparant ». Encore là, elle suggère de ne pas dramatiser : oui, il faut intervenir mais il faut doser.


Au moment où j’avais toutes mes réponses et que je m’apprêtais à fermer mon calepin de notes, Jocelyne Robert me sert un petit avertissement. « Il faut faire attention quand on parle de l’adoration du pénis chez les petits garçons », mentionne-t-elle. Ah ? L’auteure et blogueuse évoque le « double standard » qui semble prévaloir dans notre société : un petit garçon qui se tripote, on trouve ça très cute – mais une petite fille… Hum hum… « Les fillettes ont elles aussi une sensibilité de leurs organes, elles vont se toucher, se frotter, dit-elle. Et c’est tout à fait normal ».

Normal et notable. Sauf qu’on en parle beaucoup moins. Pourquoi ? « Ce n’est pas de la mauvaise foi mais je pense qu’hélas, on est plus tolérant avec les garçons, laisse-t-elle tomber. On en rit davantage. J’entends des commentaires du genre ‘ah, c’est un vrai gars !’. Les parents sont fiers. Les gens se disent ‘un petit garçon de 5 ans qui se masturbe, c’est comique’. Mais une petite fille qui a un orgasme à 5 ans, ils vont se dire ‘mon dieu, qu’est-ce qu’elle a ?’ C’est super important chez les deux sexes. Il faut avoir une approche humaniste et égalitaire de la sexualité chez les enfants. »


 Si on en parle moins, serait-ce aussi parce que c’est plus discret ? « Évidemment, ça suit la physiologie : le pénis est visible, il est externe, le garçon l’a à portée de la main. Alors que chez la fille, si elle ne s’observe pas dans un miroir, ce n’est pas évident… » Il faut encourager la fillette à connaître son corps, suggère Mme Robert. Lui fournir des informations. Et surtout, souligne la sexologue, il faut bien peser ses mots lorsqu’on parle de sexualité devant (ou avec) les enfants. Sans en être conscient, on les influence. « Les mots qu’on utilise vont illuminer ou assombrir l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes, précise-t-elle. Par exemple, si on dit ‘tu es une fille parce que tu n’as pas de pénis’, elle va se dire ‘alors, je suis qui, moi ?’ Il faut simplement leur dire qu’ils sont différents. »


Oui, différents. Et c’est bien ça qui est merveilleux.