Maman 24/7

Dire non à ses enfants

(Getty Images)Êtes-vous capable de dire non à vos enfants ? D’être constant et cohérent ? Ah oui, vraiment ? Tout le temps ? À en croire les témoignages des parents entendus ce matin à l’émission radiophonique d’Isabelle Maréchal, il s’agit d’une tâche ardue… plus particulièrement chez les mères. Tous les interlocuteurs qui ont affirmé ne pas avoir de difficulté à dire non à leurs enfants étaient des hommes. Bon, d’accord, l’échantillonnage n’était pas très grand mais je ne peux m’empêcher de penser que ce n’est pas un hasard.

Valérie Langelier, blogueuse et maman, a avoué craquer quand ses deux enfants de cinq et six ans insistent. Elle instaure une règle et se retrouve à la briser… occasionnellement. Mais le mal est fait, on le sait. Sa plus jeune semble particulièrement douée pour négocier et obtenir ce qu’elle veut. Ne vit-on pas tous cela, au quotidien ? N’achète-t-on pas la paix ? Qui n’a pas laissé son enfant faire quelque chose d’habituellement interdit, quand les amis sont à la maison à l’heure de l’apéro ?

Martin Larocque, papa de trois garçons (âgés de 9 à 14 ans), comédien, conférencier et auteur de deux livres sur la paternité, prône la responsabilisation des parents. « Je refuse de laisser mes enfants trop s’exprimer, a-t-il dit en ondes. À cet âge, ils n’ont rien à dire et tout à apprendre ! » Conscient que ses propos peuvent être controversés, il explique : « Dire non, ce n’est pas négatif. Avec le temps, les enfants comprennent le rôle d’autorité que je joue (…) C’est en disant non à mes enfants que je leur donne confiance en eux. »

Hélène Renaud, psycho-éducatrice, s’est jointe à la discussion et a énuméré les raisons pour lesquelles les parents cédaient, trop souvent, aux demandes incessantes de leur progéniture. En tête de liste ? « Pour se faire aimer », affirme-t-elle. Pas de grande surprise ici. En voulant établir et conserver une belle relation avec notre enfant, on essaie de lui faire plaisir, on lui dit oui, oui, oui… Mais en fait, rappelle Mme Renaud, on fait exactement l’inverse : « Un parent qui n’a pas de colonne ne se fera pas respecter par son enfant ». J’ai mille exemples qui me viennent en tête, des parents manipulés par leurs enfants hauts comme trois pommes… Qu’est-ce que ce sera plus tard ? Deviendront-ils des tyrans à l’égard de leurs parents vieillissants ?

Évidemment, un enfant qui se fait refuser l’objet de ses désirs va se fâcher et bouder, voire se rouler par terre. « Il exprime sa déception, dit la psycho-éducatrice, responsable de la formation Parent-guide parent-complice, les parents ne doivent pas s’en offusquer ! » Elle recommande plutôt d’être à l’écoute et de le réconforter. Je me rappelle des propos tenus par le Dr Richard Bélanger, interrogé il y a quelques semaines pour un billet précédent : « Un enfant doit apprendre à vivre certaines frustrations et à les gérer pour être en mesure d’affronter les hauts et les bas de la vie ».

Tous les jours, je dis non à mes deux fripons – et pourtant, la tâche est toujours aussi difficile. Elle ne me fait jamais plaisir. Mais si moi, je fuie et j’échappe à mon rôle, qu’enseignerais-je à mes enfants ? J’entends ma mère qui me demandait de donner l’exemple. Je rechignais. Aujourd’hui, je comprends. L’exemple, qu’il soit bon ou mauvais, est contagieux. Je m’applique à le démontrer à mes enfants, tout en choisissant mes batailles.

Comme le chante Paul Piché dans L’Escalier, au sujet des enfants : « Au fond, ça peut faire tout ce qu’on leur apprend »…