Maman 24/7

De plus en plus d’enfants témoins de violence conjugale

(Getty Images)Il marche le dos voûté, le regard au sol. Sur ses frêles épaules, il porte tout le poids de la Terre. Il n’est pas encore sorti de l’enfance mais il est si vieux, déjà. Il ne parle pas beaucoup. Il ne rit pas beaucoup non plus. Il ne pleure pas. Il n’a pas l’air fâché. Il est juste… indifférent. Distrait. Détaché. Habite-t-il encore son corps ? Est-il bien là ? Si on réussit à capter son regard, à plonger nos yeux dans les siens, on comprend tout de suite : il est triste, malheureux, nostalgique.

Un enfant témoin de violence à la maison perd une partie de son enfance. Sa bulle de sécurité familiale éclate. Où sont les repères ? À qui se fier ? De qui se méfier ? Qui croire ? Et surtout, qui craindre ?

Ils sont de plus en plus nombreux à vivre pareil cauchemar, selon un rapport publié hier par Statistiques Canada. À travers le pays, en 2009, les victimes de violence ayant des enfants ont mentionné que dans plus de la moitié des cas (52%), leurs enfants ont vu ou entendu les agressions perpétrées à leur endroit. En 2004, la statistique se situait à 43%.

Plus effrayant encore : il se dégage de cette enquête que les sévices sont plus graves lorsque l’enfant est présent que s’il est absent... Le seul baume sur cette avalanche de mauvaises nouvelles : la police intervient quatre fois plus souvent lorsqu’un enfant est sur place (probablement parce que la victime est plus tentée d’alerter les services policiers… ou parce que l’enfant fait lui-même le 9-1-1).

Ce genre de statistiques me brise le cœur. J’imagine la scène et j’ai envie d’hurler. Qu’on laisse aux enfants leur innocence ! Qu’on leur laisse leur pureté, leur joie de vivre, leurs rires et leurs jeux. Qu’on leur donne de l’espoir, de la tendresse, de la confiance, de la liberté et surtout, de l’amour.

Pour plein d’enfants, ce qui me semble un droit fondamental est bafoué. Peut-être chez le petit ami de votre enfant à la garderie. Le neveu de votre cousine. Le quatrième voisin à gauche de votre domicile. La fillette croisée tous les jeudis à l’épicerie. Le garçon timide au parc…

La violence conjugale rime avec manipulation, mensonge, trahison, haine et peur… Comment les enfants peuvent-ils porter un si lourd fardeau ? Comment peuvent-ils retrouver leur chemin ?

Personne ne descendra dans la rue, pancarte à la main, pour se porter à leur défense, pour réclamer des peines plus lourdes ou des investissements plus importants en matière de prévention et de soutien. Et je crois bien que c’est ce qui m’accable le plus.