Maman 24/7

Ben oui, j'ai juste un enfant

Le choix d'avoir un seul enfant. (Getty Images)Lorsque Fiston a atteint dix-huit mois, j’ai commencé à envisager la possibilité d’avoir un deuxième enfant. Avant ça ? Trop fatiguée, trop à bout, à bout de tout : de temps, de patience. Ces dix-huit premiers mois avec bébé, je n’ai pas eu une minute à moi. Mes projets, mes envies, mes besoins ? Remisés au placard. J’étais dépossédée, je n’avais plus de vie. Mon fils gazouillait et me remplissait de joie… sauf que je ne voyais pas comment nous pourrions ajouter à la tâche, déjà titanesque.

Nous débordions de bonheur – mais nous n’étions pas toujours heureux d’être débordés.


On ne peut regretter d’avoir un deuxième enfant. Mais il y a des moments où on peut imaginer ce qu’aurait été notre vie si on avait choisi d’en avoir un seul. C’est un mode de vie, un choix. Une mère sur cinq (19%) parmi celles âgées entre 35 et 55 ans a un unique enfant au Québec, selon l’Institut de la statistique du Québec. La maternité, plus tardive, freine parfois les possibilités d’avoir une « grosse » famille. Pour certaines femmes, suspendre sa carrière, une deuxième fois, n’est pas envisageable (que ce soit par ambition ou par nécessité financière). « Il peut y avoir des considérations économiques à la décision d’avoir un seul enfant, dit Catherine Cloutier, psychologue de la famille. Nous vivons dans une société de consommation et nos besoins nous dictent notre façon de vivre. On doit travailler pour subvenir à ces besoins. » Pour Manon Corriveau Côté, maman d’une fille aujourd’hui âgée de 19 ans, l’aspect financier est effectivement entré en ligne de compte. « Ma carrière était intéressante et la garderie, assez dispendieuse », dit cette juriste à la retraite.


L’argent n’est pas le motif le plus souvent évoqué par les mères d’enfants uniques : les projets individuels, de couple ou de famille pèsent lourd dans la balance. « Nous sommes un couple très actif avec des champs d’intérêts très variés, raconte Sylvie Mallard, qui tient un blogue axé sur le marathon et la maternité. Nous avons de grands projets de voyages et d’aventures. Notre réflexion a porté sur ces aspects. Est-ce qu’on a envie d’avoir un autre enfant et d’attendre à plus tard pour réaliser nos rêves ? » La réponse, pour Sylvie et son conjoint Jean-Pierre, était non.


Marie-Julie Gagnon parle aussi de sa passion du voyage lorsqu’on lui demande pourquoi elle et son mari ont décidé de s’arrêter à Maya, maintenant âgée de 5 ans. « C’est un mode de vie, dit la journaliste, auteure et blogueuse. J’adore voyager et mon travail m’amène à le faire souvent. Dès que je le peux, j’emmène ma fille. Avec deux enfants, ce serait plus difficile. » La globe-trotter n’a jamais voulu avoir d’enfant « à tout prix ». Même chose pour Josée Lebrun, mère de Nina, 7 ans : « Ce n’était pas un besoin, pour me sentir femme, d’avoir un enfant ». Pour elle, la décision repose plutôt sur le « respect de ses limites », bref, sur une bonne connaissance de soi. « Je suis intolérante à beaucoup de choses, confie-t-elle. Dans mon cas, c’est une question de rester saine d’esprit ! »

Tous les parents d’une famille nombreuse le disent : s’occuper d’un seul enfant, c’est une chose – de deux, c’en est une autre. Josée ne pouvait se projeter dans pareille situation. Manon non plus. « Je suis excellente pour m’occuper d’un enfant, un à un, dit-elle. Mais je suis moins douée pour m’occuper de plusieurs. » Marie-Julie explique qu’elle aurait l’impression de ne pas « en donner autant » si elle en avait un deuxième. Elle ajoute : « Et je n’en ai pas envie non plus ».


Décision égoïste ? « Oui, et alors ? » me lance une de mes amies qui est catégorique : sa famille s’arrête avec son garçon unique, âgé de trois ans. Ma copine est de la même école que Marie-Julie qui me précise « pour qu’un enfant soit bien, ses parents doivent d’abord l’être ». Ces mamans parlent toutes d’équilibre de vie. Ce n’est pas un hasard, avance la psychologue Catherine Cloutier. « Les parents d’aujourd’hui vivent un plus bel équilibre que ceux d’il y a dix ans. Ils veulent offrir ce qu’il ya de mieux à leurs enfants, ils veulent leur donner de belles opportunités et les exposer à toutes sortes de choses. »

Le jugement des autres blesse, parfois… « J’ai reçu des regards de désolation, relate Sylvie. Mais j’assume de plus en plus notre choix. » Marie-Julie s’est elle aussi déjà sentie jugée. « Les familles avec un seul enfant sont souvent pointées du doigt, de la même manière que les couples qui choisissent de ne pas devenir parents. Pourquoi y aurait-il un choix meilleur qu’un autre ? » Josée a croisé des gens qui ont été « horrifiés par cette décision ». « Leur jugement ne m’atteint pas, annonce-t-elle. Je vois tellement de gens qui font des enfants pour leurs autres enfants et pas pour eux ! Et après, ils trouvent ça difficile, ils accumulent des frustrations… »


Josée cite le conseil d’une copine : « Si vous n’êtes pas sûrs et certains d’en vouloir un autre, n’en faites pas ! » Je suis plutôt du même avis, pas vous ?

À lire également

Le secret des mamans de trois enfants
Parents de jumeaux : le bonheur (et le trouble) en double